960 – 1279 · 8 min de lecture
Dynastie Song
Dynastie Song (960-1279) : de Kaifeng à Hangzhou, l'État des lettrés, les caractères mobiles de Bi Sheng, le papier-monnaie, Su Shi, Yue Fei.
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Avant les Song : les Cinq Dynasties et Dix Royaumes
La dynastie Tang s'effondre en 907. Pendant un peu plus d'un demi-siècle, jusqu'en 960, aucun pouvoir ne tient la Chine entière : c'est l'époque des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (五代十国).
Au nord, dans le vieux cœur de l'empire, cinq régimes éphémères se succèdent : les Liang postérieurs (907), les Tang postérieurs (923), les Jin postérieurs (936), les Han postérieurs (947) et les Zhou postérieurs (951). Quatre d'entre eux ont déjà pour capitale Kaifeng (开封). Le sud et l'ouest se partagent entre dix royaumes plus stables, parmi lesquels les Tang du Sud, les Han du Sud ou le Wu-Yue.
En 960, Zhao Kuangyin (赵匡胤), inspecteur général des armées des Zhou postérieurs, s'empare du trône par un coup d'État et fonde la dynastie Song (宋朝), avec Kaifeng pour capitale. Devenu l'empereur Taizu (règne 960-976), il entreprend d'absorber les autres États ; les deux derniers des dix royaumes, le Wu-Yue et les Han du Nord, disparaissent en 978 et 979.
Les historiens découpent la dynastie en deux : les Song du Nord (北宋, 960-1127), qui règnent depuis Kaifeng, et les Song du Sud (南宋, 1127-1279), repliés à Hangzhou après la perte du Nord.
宋朝
Sòngcháola dynastie Song
北宋
Běi Sòngles Song du Nord (960-1127)
南宋
Nán Sòngles Song du Sud (1127-1279)
开封
KāifēngKaifeng, capitale des Song du Nord
De Kaifeng à Hangzhou : les Song face aux Liao, aux Xia et aux Jin
Les Song ne sont pas seuls : des États fondés par des peuples du Nord se partagent la carte avec eux, et la dynastie alterne guerre et diplomatie avec ses voisins.
• Les Liao (辽, 907 ou 916-1125 selon les sources), fondés par les Khitan, couvrent une grande partie de la Mandchourie et de la Mongolie-Intérieure. Ils administrent leurs sujets chinois sur le modèle des Tang et les peuples de la steppe selon une organisation tribale. Le traité de Shanyuan (1005) engage les Song à leur verser chaque année de la soie et de l'argent, et ouvre environ un siècle de paix relative.
• Les Xia occidentaux (西夏), royaume proclamé par les Tangoutes en 1038, durent près de deux siècles au nord-ouest, jusqu'à leur destruction par les Mongols.
• Les Jin (金, 1115-1234) sont fondés par les Jurchen de Mandchourie, anciens sujets des Liao, qui renversent leurs maîtres avec l'aide des Song.
Les Jin se retournent ensuite contre les Song. Ils assiègent Kaifeng, qui tombe en janvier 1127, et emmènent en captivité l'empereur Qinzong et son père, l'ancien empereur Huizong. Un frère de Qinzong, Zhao Gou, s'échappe vers le sud et refonde la dynastie : c'est l'empereur Gaozong, qui s'installe à Lin'an (临安), l'actuelle Hangzhou (杭州). Le traité de Shaoxing, signé en 1141 et ratifié en 1142, fixe la frontière avec les Jin sur la rivière Huai : le Nord reste aux Jin.
Britannica décrit l'époque Song dans son ensemble comme un temps d'essor commercial : le papier-monnaie se répand et plusieurs villes dépassent le million d'habitants.
| État | Chinois | Fondé par | Dates |
|---|---|---|---|
| Song du Nord | 北宋 | Zhao Kuangyin (Taizu) | 960–1127 |
| Song du Sud | 南宋 | Zhao Gou (Gaozong) | 1127–1279 |
| Liao | 辽 | les Khitan | 907/916–1125 |
| Xia occidentaux | 西夏 | les Tangoutes | 1038 – conquête mongole |
| Jin | 金 | les Jurchen | 1115–1234 |
临安
LínānLin'an, capitale des Song du Sud
杭州
HángzhōuHangzhou, son nom actuel
L'État des lettrés : examens et néoconfucianisme
Sous les Song s'épanouit pleinement l'un des traits les plus caractéristiques de la Chine impériale : les lettrés-fonctionnaires, recrutés par des examens impériaux très sélectifs. Selon le programme Asia for Educators de l'université Columbia, les premiers empereurs Song voulaient ainsi faire entrer au gouvernement des hommes formés aux lettres, pour faire contrepoids aux militaires. Le grade le plus élevé, celui de jinshi (进士), sanctionnait la connaissance des classiques confucéens et ouvrait l'accès aux hautes charges.
De ce monde lettré sort le penseur qui a façonné le confucianisme des siècles suivants : Zhu Xi (朱熹, 1130-1200), né dans le Fujian. Il réunit quatre textes, la Grande Étude (大学), les Entretiens de Confucius (论语), le Mencius (孟子) et l'Invariable Milieu (中庸), les place dans cet ordre, les commente et les appelle les Quatre Livres (四书). Sa doctrine, souvent appelée « étude du Principe » et centrale dans le néoconfucianisme, explique le monde par deux notions : le li (理), principe qui donne à chaque chose sa nature, et le qi (气), souffle vital ou matière qui lui donne forme.
Son influence est durable : d'après Britannica, les Quatre Livres sont au cœur de l'enseignement élémentaire et des examens à partir du XIVe siècle. Sa pensée gagne aussi la Corée et le Japon.
朱熹
Zhū XīZhu Xi (1130-1200)
四书
Sìshūles Quatre Livres
进士
jìnshìjinshi, le plus haut grade des examens
Imprimerie, papier-monnaie, boussole, poudre : ce que disent les textes
Plusieurs techniques promises à un grand avenir apparaissent dans des textes de l'époque Song ; voici ce qu'ils en disent.
Les caractères mobiles. Sous l'ère Qingli (1041-1048), un homme du peuple nommé Bi Sheng (毕昇) grave des caractères dans l'argile, un par caractère, aussi fins que la tranche d'une pièce de monnaie, puis les cuit pour les durcir. Il les dispose sur une plaque de fer enduite de résine de pin, de cire et de cendre de papier, chauffe, égalise la surface et imprime comme avec une planche gravée ; deux plaques servent en alternance. On ne le connaît que par un seul texte : le Mengxi bitan (梦溪笔谈, littéralement « notes au pinceau du ruisseau des Rêves »), daté de 1088, du haut fonctionnaire Shen Kuo (沈括, 1031-1095), au rouleau 18, consacré aux techniques. Shen Kuo ajoute qu'à la mort de Bi Sheng, ses caractères passèrent à des parents de Shen Kuo lui-même.
Le papier-monnaie. Au Sichuan, où l'on payait en pièces de fer, des certificats de dépôt émis par des comptoirs privés donnent naissance, au début du XIe siècle, à des billets appelés jiaozi (交子). D'abord émis par des marchands, ils passent sous le contrôle de l'État dans les années 1020.
La boussole. En 1044, le Wujing zongyao (武经总要), un recueil militaire, décrit un objet aimanté en forme de poisson qui flotte dans un bol d'eau pour indiquer la direction. Le Mengxi bitan contient la première description connue d'une aiguille aimantée, et le Pingzhou ketan de Zhu Yu (1119) est le premier texte qui en mentionne l'usage par des marins.
La poudre. Le Wujing zongyao, compilé entre 1040 et 1044 par Zeng Gongliang et d'autres lettrés, contient les plus anciennes formules écrites connues de poudre, à base de salpêtre, de soufre et de charbon de bois. L'édition d'origine est perdue ; la copie conservée date de 1510.
庆历中,有布衣毕昇,又为活版。
Qìnglì zhōng, yǒu bùyī Bì Shēng, yòu wéi huóbǎn.« Sous l'ère Qingli, un homme du peuple, Bi Sheng, fit aussi des planches mobiles. » (Shen Kuo, Mengxi bitan, rouleau 18, « Techniques »)
活字印刷
huózì yìnshuāl'imprimerie à caractères mobiles
交子
jiāozǐjiaozi, les billets du Sichuan
Un rouleau et un poète : le Qingming de Zhang Zeduan, Su Shi
Pour voir une ville des Song, on peut regarder le rouleau Le long de la rivière à la fête de Qingming (清明上河图), peint au XIIe siècle par Zhang Zeduan (张择端). Peint à l'encre et en couleurs légères sur soie, il mesure 24,8 cm de haut sur 528 cm de long et appartient au musée du Palais, à Pékin. Déroulé de droite à gauche, il montre la capitale des Song du Nord, Bianjing (Kaifeng), et les rives de la rivière Bian au moment de la fête de Qingming : d'abord la campagne des faubourgs, puis la rivière, ses bateaux et son pont, enfin les rues de la ville bordées de boutiques. Le musée y compte plus de 500 personnages. Britannica rappelle que la ville représentée fut incendiée par les Jurchen en 1127, peu après l'achèvement de l'œuvre.
Figure majeure de la littérature chinoise, Su Shi (苏轼, 1037-1101), aussi appelé Su Dongpo (苏东坡), est à la fois lettré-fonctionnaire, poète, prosateur, calligraphe et peintre. Opposé aux réformes du ministre Wang Anshi, il est pris dans les luttes de factions de la cour. En 1079, il est arrêté pour des écrits accusés de railler le pouvoir : c'est le « procès des poèmes de la terrasse aux Corbeaux » (乌台诗案). Après environ 130 jours de prison, il est exilé en 1080 à Huangzhou (黄州), dans l'actuel Hubei. C'est là qu'il écrit en 1082 ses textes sur la Falaise rouge, dont la Première ode à la Falaise rouge (前赤壁赋). Gracié en 1100, il meurt en 1101 à Changzhou, en route vers un nouveau poste.
清明上河图
Qīngmíng Shàng Hé TúLe long de la rivière à la fête de Qingming
苏东坡
Sū DōngpōSu Dongpo, autre nom de Su Shi
前赤壁赋
Qián Chìbì FùPremière ode à la Falaise rouge (1082)
Yue Fei et la conquête mongole
Parmi les généraux qui combattent les Jin figure Yue Fei (岳飞, 1103-1142), dont la vie a nourri par la suite de nombreux récits populaires. Il mène les armées des Song du Sud contre les Jin, mais l'empereur Gaozong et son chancelier Qin Hui (秦桧) choisissent de négocier. En 1141, Qin Hui le fait emprisonner pour insubordination et accuser de trahison ; Yue Fei est mis à mort en prison au début de 1142, une fois la paix conclue avec les Jin.
L'Histoire des Song (宋史), dans sa biographie de Yue Fei, rapporte que pendant son interrogatoire il découvrit son dos, où quatre caractères étaient tatoués profondément : 尽忠报国, « servir le pays avec une loyauté totale ». Le texte ne dit pas qui les a tatoués. La scène populaire où sa mère les lui grave est une légende tardive : elle apparaît pour la première fois dans un roman de l'époque Qing, le Shuo Yue quanzhuan (说岳全传), et les historiens modernes la mettent en doute ; des romans plus anciens, sous les Ming, confiaient ce tatouage à quelqu'un d'autre.
La fin vient des Mongols. Leurs armées atteignent Lin'an en janvier 1276 et la prennent le mois suivant ; l'empereur Gong est capturé. Des fidèles couronnent tour à tour deux de ses jeunes frères en fuyant vers le sud. Le 19 mars 1279, à la bataille navale de Yamen, dans le sud de la Chine, les Song livrent leur dernier combat ; le loyaliste Lu Xiufu se jette à la mer avec le dernier empereur, Zhao Bing, âgé de sept ans. Toute la Chine appartient désormais à la dynastie Yuan de Kubilai Khan (忽必烈).
岳飞
Yuè FēiYue Fei (1103-1142)
尽忠报国
jìnzhōng bàoguóservir le pays avec une loyauté totale (Histoire des Song, biographie de Yue Fei)
忽必烈
HūbìlièKubilai Khan
Mots à retenir
朝代cháodài
dynastie · HSK 7-9
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
首都shǒudū
capitale · HSK 3
考试kǎoshì
examen · HSK 1
印刷yìnshuā
imprimer, imprimerie · HSK 5
纸币zhǐbì
billet de banque, papier-monnaie
指南针zhǐnánzhēn
boussole · HSK 7-9
火药huǒyào
poudre (à canon) · HSK 7-9
诗人shīrén
poète · HSK 4
书法shūfǎ
calligraphie · HSK 5
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, Song dynasty, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, History of China: The Five Dynasties and the Ten Kingdoms, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, China: The "barbarians": Tangut, Khitan, and Juchen, Britannica
- Song Dynasty China: The Confucian Scholar, Asia for Educators, Columbia University
- Encyclopaedia Britannica, Zhu Xi, Britannica
- Shen Kuo (沈括), 梦溪笔谈 (Mengxi bitan), 卷十八 技艺, Wikisource (中文), 1088
- 张择端清明上河图卷 (Along the River During the Qingming Festival), Palace Museum, Beijing
- Yue Fei, Wikipedia
- 宋史·卷三百六十五 岳飞传 (History of Song, ch. 365: biography of Yue Fei), Wikisource (中文)
- Liao dynasty, Wikipedia
- Treaty of Shaoxing, Wikipedia
- Zhao Bing, Wikipedia