221 – 206 av. J.-C. · 9 min de lecture
Dynastie Qin
La dynastie Qin (221-206 av. J.-C.) : Qin Shi Huang, premier empereur, une seule écriture et une seule monnaie, les longs murs et l'armée de terre cuite.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
Du royaume de Qin à l'empire
Qin (秦) est d'abord un fief des Zhou, à l'ouest. En 770 av. J.-C., son duc Xiang aide la cour Zhou à fuir vers l'est et reçoit en récompense les anciennes terres des Zhou, dans la vallée de la Wei, qu'il doit d'abord reprendre aux Rong. Longtemps puissance secondaire, Qin se transforme au IVe s. av. J.-C. grâce aux réformes de Shang Yang (商鞅, vers 390-338 av. J.-C.), un ministre venu d'un autre État. Il veut un État centralisé, une grande armée et une économie solide, et impose des lois sévères. Il est exécuté en 338, mais ses réformes restent.
Shang Yang est l'une des grandes figures du courant que l'on appellera plus tard les légistes (法家) : pour eux, l'ordre ne peut venir que de lois strictes, et l'État passe avant tout. La capitale de Qin, Xianyang (咸阳), se trouve près de l'actuelle Xi'an.
Entre 230 et 221 av. J.-C., le roi Zheng de Qin soumet un à un les six autres grands royaumes : Han tombe le premier, en 230, et Qi le dernier, en 221. Pour la première fois, un seul pouvoir gouverne toutes les anciennes terres des Zhou. La dynastie Qin (秦朝) ne dure pourtant qu'une quinzaine d'années et ne compte que deux empereurs. Sa fin est datée de 207 av. J.-C., quand le dernier souverain se rend, ou de 206, quand la capitale est détruite.
Son héritage dépasse de loin sa durée. Les Han qui lui succèdent reprennent l'essentiel de son administration, et l'on fait remonter aux Qin le système impérial chinois, qui dure jusqu'à la révolution de 1911.
秦朝
Qíncháola dynastie Qin
商鞅
Shāng YāngShang Yang, le réformateur de Qin
法家
Fǎjiāles légistes
咸阳
XiányángXianyang, la capitale des Qin
Qin Shi Huang, le « Premier Empereur »
Le roi Zheng est né en 259 av. J.-C. à Handan, capitale de l'État de Zhao. Son nom personnel est Zheng (政) : les textes modernes l'appellent souvent Ying Zheng (嬴政), les textes anciens plutôt Zhao Zheng (赵政). Selon le Shiji, il devient roi de Qin à treize ans.
En 221 av. J.-C., maître de toute la Chine, il ne veut plus du simple titre de roi (王, wang) et en crée un nouveau : huangdi (皇帝), qui réunit le huang des Trois Augustes (三皇) et le di des Cinq Empereurs (五帝) de la légende. Le Shiji rapporte sa décision : « Nous sommes le Premier Empereur. Nos successeurs seront comptés : deuxième génération, troisième génération, jusqu'à dix mille générations, sans fin. » D'où son nom, Qin Shi Huang (秦始皇), « le Premier Empereur des Qin ». Le titre de huangdi a servi aux souverains chinois pendant deux mille ans ; sa lignée, elle, s'arrête au deuxième empereur.
Il meurt en 210 av. J.-C., pendant une tournée dans l'est de l'empire. Après trois tentatives d'assassinat, il était devenu obsédé par l'immortalité. Mais l'image d'un tyran cruel doit en partie aux jugements sévères de la dynastie Han, qui a succédé aux Qin. Sima Qian, notre principale source, écrit environ un siècle après leur chute. Depuis le milieu du XXe siècle, des historiens remettent ce portrait en question et discutent de la nature réelle de ses réformes.
秦始皇
Qín ShǐhuángQin Shi Huang, le Premier Empereur
嬴政
Yíng ZhèngYing Zheng, son nom dans les textes modernes
皇帝
huángdìempereur
朕为始皇帝
zhèn wéi Shǐ Huángdì« Nous sommes le Premier Empereur » (Shiji, chapitre 6)
皇帝 (huángdì, « empereur ») se prononce exactement comme 黄帝, l'Empereur jaune de la légende : dans les textes anciens, 黄 (jaune) et 皇 (auguste) étaient souvent employés l'un pour l'autre.
Une seule écriture : le petit sceau (小篆)
Pour qui apprend le chinois, c'est la réforme la plus parlante. Sous les Zhou de l'Est, chaque État avait fini par tracer les caractères à sa manière : on parle des « écritures des six États » (六国文字). Après l'unification, les formes qui diffèrent de celles des scribes de Qin sont abandonnées, et l'écriture de Qin, le petit sceau (小篆, xiaozhuan), devient la norme dans tout l'empire. Le Shiji résume ainsi la politique de 221 : « les chars, un même écartement ; les écrits, les mêmes caractères » (车同轨。书同文字。).
Li Si (李斯), qui deviendra chancelier, joue un rôle clé. Avec d'autres ministres, il compile un manuel pour apprendre les caractères, le Cangjiepian (《仓颉篇》), du nom de Cangjie, l'inventeur légendaire de l'écriture. Il aurait compté 3 300 caractères, mais il est perdu. Des stèles gravées lors des tournées de l'empereur montraient aussi les formes officielles, et certaines ont survécu.
L'uniformité n'a pourtant pas été totale : les scribes de Qin utilisaient encore souvent des variantes, et l'idée d'une norme stricte semble être venue plus tard, sous les Han. Surtout, l'écriture de tous les jours évoluait déjà. Dans l'État de Qin, des formes plus droites, découpées en traits, donnent naissance à l'écriture des scribes (隶书, lishu), qui domine sous les Han. Une tradition en attribue l'invention à un fonctionnaire de Qin, Cheng Miao (程邈), mais l'archéologie montre une évolution progressive. Le petit sceau, lui, ne sert plus ensuite que pour les sceaux et la calligraphie.
小篆
xiǎozhuànle petit sceau, l'écriture des Qin
车同轨。书同文字。
chē tóng guǐ. shū tóng wénzì.« Les chars, un même écartement ; les écrits, les mêmes caractères » (Shiji, chapitre 6)
李斯
Lǐ SīLi Si, ministre puis chancelier
隶书
lìshūl'écriture des scribes
Poids, mesures, monnaie : un seul modèle
L'écriture n'est qu'un des domaines unifiés. Dès 221 av. J.-C., selon le Shiji, l'empereur unifie les règles, les poids et les mesures de longueur (一法度衡石丈尺). Même l'écartement des roues des chars est fixé, et à partir de 220 un réseau de routes impériales (驰道) part de Xianyang vers tout l'empire.
La monnaie change aussi. Les États utilisaient notamment des pièces en forme de bêche ou de couteau ; Qin impose partout sa pièce de bronze ronde percée d'un trou carré, le banliang (半两), d'un poids théorique d'environ 8 g, dont l'inscription est en petit sceau. C'est la première monnaie unique de toute la Chine.
L'administration suit la même logique. Au lieu de donner des royaumes à ses fils, comme l'avaient fait les Zhou, l'empereur suit l'avis de Li Si : l'empire est divisé en trente-six commanderies (郡), elles-mêmes divisées en districts (县), dirigées par des fonctionnaires nommés depuis la capitale. Les armes qui n'appartiennent pas à l'État sont confisquées et fondues, notamment en douze grandes statues de métal dressées à Xianyang, et, selon le Shiji, 120 000 familles riches sont installées de force à Xianyang.
Ce système de commanderies et de districts a été repris par les Han, qui ont hérité de l'essentiel de l'État bâti par les Qin.
| Domaine | Ce que font les Qin |
|---|---|
| Écriture | Le petit sceau (小篆) devient la norme ; manuel du Cangjiepian |
| Monnaie | Pièce ronde à trou carré, le banliang (半两), à la place des bêches et des couteaux |
| Poids et mesures | Mêmes unités dans tout l'empire |
| Transports | Même écartement des roues ; routes impériales depuis Xianyang |
| Administration | 36 commanderies (郡), divisées en districts (县) |
郡县
jùnxiàncommanderies et districts
半两
bànliǎngle banliang, pièce des Qin
度量衡
dùliànghéngles poids et mesures
Livres brûlés, lettrés tués : que s'est-il passé ?
L'épisode le plus célèbre du règne vient du Shiji. En 213 av. J.-C., un lettré de la cour propose de revenir aux fiefs d'autrefois. Li Si, devenu chancelier, répond que les lettrés critiquent le présent au nom du passé et demande que l'on brûle les livres : les chroniques des États autres que Qin, et, chez les particuliers, le Classique des vers, le Classique des documents et les écrits des Cent Écoles, que seuls les lettrés officiels pourront garder. Les livres de médecine, de divination et d'agriculture sont épargnés. L'année suivante, après la fuite de deux magiciens chargés de lui trouver l'immortalité, l'empereur fait enquêter sur les lettrés de la capitale : selon le Shiji, plus de 460 d'entre eux sont mis à mort à Xianyang. Son fils aîné, Fusu (扶苏), proteste ; il est envoyé à la frontière du nord.
Les historiens modernes discutent ce récit, qui n'apparaît que plus d'un siècle plus tard, sous les Han : Sima Qian avait des raisons de noircir le premier empereur. On admet que celui-ci a bien fait rassembler et détruire de nombreux écrits jugés subversifs, tout en gardant des copies dans les bibliothèques impériales ; beaucoup de livres ont sans doute disparu plus tard, dans l'incendie des palais à la chute des Qin. Quant aux lettrés, certains chercheurs estiment que le mot employé par Sima Qian, keng (坑, écrit 阬 dans le Shiji), voulait dire « tuer » et non « enterrer vivant », et que les victimes n'étaient pas des confucéens au sens strict, cette école n'étant pas encore constituée. La formule « brûler les livres et enterrer les lettrés » (焚书坑儒) n'est d'ailleurs attestée qu'au début du IVe siècle de notre ère.
焚书坑儒
fénshū kēngrú« brûler les livres et enterrer les lettrés », formule tardive
扶苏
FúsūFusu, fils aîné de l'empereur
Des murailles et une armée de terre cuite
Contre les Xiongnu, des nomades du nord, l'empereur envoie le général Meng Tian (蒙恬), avec 300 000 hommes selon le Shiji. Il ordonne aussi de raser les murs qui séparaient les anciens États, et de relier entre elles les murailles du nord, celles de Qin, de Zhao et de Yan, en une ligne allant du Gansu au Liaodong. Ces murs sont en terre damée dans les plaines, en pierre dans les montagnes. Il en reste très peu : les tronçons les plus connus de la Grande Muraille, en brique, datent des Ming (1368-1644). Le Shiji parle déjà de « long mur » (长城), et le nom plus long de « long mur de dix mille li » (万里长城) vient d'une description de Sima Qian.
L'empereur fait aussi bâtir son tombeau au pied du mont Li, près de l'actuelle Xi'an. Les travaux commencent en 246 av. J.-C. ; Sima Qian parle de 700 000 ouvriers et de fleuves de mercure. Le tombeau lui-même n'a jamais été ouvert, mais des taux de mercure anormalement élevés ont été relevés dans la zone du tertre.
Le 29 mars 1974, des paysans qui creusent un puits à environ un kilomètre et demi à l'est du tertre découvrent l'armée de terre cuite (兵马俑). Selon des estimations de 2007, ses trois fosses contiennent plus de 8 000 soldats, 130 chars et leurs 520 chevaux, et 150 chevaux de cavalerie, la plupart encore enfouis. Le Shiji ne dit pas un mot de cette armée. En 1987, l'UNESCO a inscrit le mausolée du premier empereur, avec ses fosses, sur la liste du patrimoine mondial.
长城
Chángchéngla Grande Muraille, « le long mur »
万里长城
Wànlǐ Chángchéng« le long mur de dix mille li »
兵马俑
bīngmǎyǒngl'armée de terre cuite
蒙恬
Méng TiánMeng Tian, le général des murailles
Les guerriers se visitent sur place, à Lintong, près de Xi'an : un musée (秦始皇帝陵博物院) a été construit au-dessus des fosses, et une grande partie de l'armée reste encore sous terre.
La chute des Qin
À la mort du premier empereur, en 210 av. J.-C., l'eunuque Zhao Gao (赵高) et le chancelier Li Si cachent la nouvelle. Ils font parvenir au fils aîné, Fusu, un faux ordre de se donner la mort et placent sur le trône un fils cadet, Huhai (胡亥), qui devient le Second Empereur (秦二世).
Le nouveau règne est encore plus dur, et la révolte éclate dès 209 av. J.-C. Selon le Shiji, neuf cents conscrits envoyés en garnison à Yuyang sont bloqués par de fortes pluies à Dazexiang (大泽乡) : ils arriveront en retard, et la loi punit le retard de mort. Leurs chefs, Chen Sheng (陈胜) et Wu Guang (吴广), choisissent de se soulever. Chen Sheng lance aux hommes : « Rois, seigneurs, généraux et ministres seraient-ils d'une autre race ? » (王侯将相宁有种乎). Leur révolte échoue au bout de quelques mois, mais d'autres éclatent partout.
À la cour, Zhao Gao fait exécuter Li Si en 208, puis pousse le Second Empereur au suicide. Le nouveau souverain, Ziying (子婴), fait tuer Zhao Gao, puis se rend en 207 au chef rebelle Liu Bang (刘邦). Un autre chef, Xiang Yu (项羽), fait exécuter Ziying et incendier Xianyang : c'est la fin des Qin, datée de 207 ou de 206 av. J.-C. selon les auteurs. Liu Bang finit par vaincre Xiang Yu et se proclame empereur en 202 : c'est le début de la dynastie Han.
Pourquoi une chute si rapide ? La tradition confucéenne accusait la brutalité des Qin. Les historiens actuels soulignent plutôt un État bâti pour la conquête, qui n'a pas su changer de politique ni tenir compte des traditions des pays conquis.
秦二世
Qín Èrshìle Second Empereur des Qin
陈胜
Chén ShèngChen Sheng, chef de la révolte de 209
王侯将相宁有种乎
wáng hóu jiàng xiàng nìng yǒu zhǒng hū« Rois, seigneurs, généraux et ministres seraient-ils d'une autre race ? » (Shiji, chapitre 48)
刘邦
Liú BāngLiu Bang, fondateur des Han
Le mot « Chine » viendrait du nom de Qin, passé par le sanskrit (Cīna) avant d'arriver dans les langues européennes ; d'autres origines ont toutefois été proposées.
Mots à retenir
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
统一tǒngyī
unifier ; unification · HSK 4
文字wénzì
écriture, caractères · HSK 3
标准biāozhǔn
norme, standard · HSK 3
货币huòbì
monnaie · HSK 7-9
法律fǎlǜ
loi, droit · HSK 4
长城Chángchéng
la Grande Muraille · HSK 3
兵马俑bīngmǎyǒng
armée de terre cuite
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Qin dynasty, Wikipedia
- Dynastie Qin, Wikipédia
- 秦朝, 维基百科
- Sima Qian (司马迁), 史記 · 卷006 秦始皇本紀, 维基文库 (Wikisource)
- Sima Qian (司马迁), 史記 · 卷048 陳涉世家, 维基文库 (Wikisource)
- Shang Yang, Wikipedia
- 法家, 维基百科
- Hundred Schools of Thought, Wikipedia
- Qin Shi Huang, Wikipedia
- Yellow Emperor, Wikipedia
- Li Si, Wikipedia
- 李斯, 维基百科
- Small seal script, Wikipedia
- 小篆, 维基百科
- Clerical script, Wikipedia
- Cangjie, Wikipedia
- Burning of books and burying of scholars, Wikipedia
- Great Wall of China, Wikipedia
- Terracotta Army, Wikipedia
- Mausoleum of Qin Shi Huang, Wikipedia
- 秦始皇兵马俑, 维基百科
- Chen Sheng and Wu Guang uprising, Wikipedia
- Names of China, Wikipedia