vers 1046 – 256 av. J.-C. · 8 min de lecture
Dynastie Zhou
La dynastie Zhou (vers 1046-256 av. J.-C.) : Mandat du Ciel, Printemps et Automnes, Royaumes combattants, Confucius, Laozi, Sunzi et l'essor du fer.
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La plus longue dynastie chinoise
La dynastie Zhou (周朝) succède aux Shang vers 1046 av. J.-C. et ne disparaît qu'en 256 av. J.-C. : environ 790 ans, la plus longue durée de toutes les dynasties chinoises. La date de 1046 est celle du projet de chronologie Xia-Shang-Zhou, reprise par Britannica, mais elle n'est pas certaine. La tradition plaçait la conquête en 1122 av. J.-C., l'historien Dong Zuobin en 1111, et les chercheurs David Nivison et Edward Shaughnessy en 1045.
Les historiens coupent cette longue période en deux, selon l'emplacement de la capitale :
• les Zhou de l'Ouest (西周), dont la capitale, Haojing (镐京), se trouve près de l'actuelle Xi'an ;
• les Zhou de l'Est (东周), après le transfert de la cour à Luoyi (洛邑), l'actuelle Luoyang, en 770 av. J.-C.
Les Zhou de l'Est se divisent à leur tour en deux périodes, les Printemps et Automnes (春秋) et les Royaumes combattants (战国). Les limites de toutes ces périodes varient selon les auteurs : le tableau donne les dates les plus courantes en Chine. Les Royaumes combattants débordent même la dynastie : le dernier roi Zhou disparaît en 256, mais la période ne s'achève qu'en 221 av. J.-C., quand le royaume de Qin unifie la Chine.
Au fil de ces huit siècles, le pouvoir réel du roi ne cesse de reculer, tandis que la Chine change en profondeur : une nouvelle idée de la légitimité, la diffusion du fer, l'essor de la pensée.
| Période | Dates | Repère |
|---|---|---|
| Zhou de l'Ouest (西周) | vers 1046 – 771 av. J.-C. | Capitale à Haojing (镐京), près de l'actuelle Xi'an |
| Zhou de l'Est (东周) | 770 – 256 av. J.-C. | Capitale à Luoyi (洛邑), l'actuelle Luoyang |
| Printemps et Automnes (春秋) | 770 – 476 av. J.-C. | Nom tiré de la chronique de l'État de Lu (722-481 av. J.-C.) |
| Royaumes combattants (战国) | 475 – 221 av. J.-C. | Sept grands États ; Qin unifie la Chine en 221 |
周朝
Zhōucháola dynastie Zhou
西周
Xī Zhōules Zhou de l'Ouest
东周
Dōng Zhōules Zhou de l'Est
春秋
Chūnqiūles Printemps et Automnes
战国
Zhànguóles Royaumes combattants
Pour qui apprend le chinois : c'est sous les Zhou que l'écriture passe des inscriptions sur os et sur bronze à l'écriture sigillaire, et à la fin de la dynastie apparaît une première forme de l'écriture des scribes (隶书), aux traits droits comme ceux des caractères actuels.
Le Mandat du Ciel (天命)
Après la victoire du roi Wu (武王) sur le dernier roi Shang, la jeune dynastie traverse une crise. Wu meurt peu après la conquête, laissant un héritier trop jeune, le roi Cheng. Le frère de Wu, le duc de Zhou (周公), exerce la régence. Des princes Zhou installés dans l'est se soulèvent contre lui avec des partisans des Shang : c'est la révolte des « Trois Surveillants » (三监之乱). Le duc l'écrase, puis étend le royaume vers l'est.
Pour tenir ce vaste territoire, les Zhou confient des fiefs à des parents du roi et à des généraux, qui gouvernent en son nom : c'est le système fengjian (封建). Et pour justifier leur pouvoir, ils mettent en avant une idée appelée à durer, le Mandat du Ciel (天命, littéralement « l'ordre du Ciel »).
Selon cette doctrine, le Ciel (天) confie le pouvoir à un souverain vertueux, le « Fils du Ciel » (天子). Les derniers rois Shang, disaient les Zhou, étaient devenus cruels et corrompus ; le Ciel leur avait donc retiré son mandat pour le donner aux Zhou, comme les Shang l'avaient eux-mêmes reçu après que les Xia l'eurent perdu. Mais l'argument se retourne : une dynastie qui gouverne mal peut le perdre à son tour. Le Classique des vers (诗经), le plus ancien recueil de poésie chinoise, le dit en quatre caractères dans l'ode « Wen Wang » (文王) : « le mandat du Ciel n'est pas immuable » (天命靡常).
Pendant des siècles, cette idée a servi à justifier les changements de dynastie, jusqu'aux Qing. On y a vu l'apport le plus important des Zhou à la pensée politique chinoise.
天命
tiānmìngle Mandat du Ciel
天子
tiānzǐle Fils du Ciel, titre du roi
天命靡常
tiānmìng mǐ cháng« le mandat du Ciel n'est pas immuable » (Classique des vers, « Wen Wang »)
周公
Zhōugōngle duc de Zhou, régent
Le départ vers l'est et les Printemps et Automnes
Au fil des générations, les liens de parenté entre le roi et les seigneurs se distendent, et la cour doit faire face à des peuples du nord et du nord-ouest, comme les Quanrong (犬戎). La crise éclate sous le roi You (周幽王). Il écarte la reine, fille du marquis de Shen, et leur fils au profit d'une favorite, Bao Si (褒姒). Le marquis de Shen s'allie alors à l'État de Zeng et aux Quanrong, qui prennent Haojing en 771 av. J.-C. et tuent le roi. Des seigneurs placent sur le trône le fils écarté, le roi Ping (周平王), qui s'installe en 770 à Luoyi, plus à l'est : c'est le début des Zhou de l'Est. Le duc Xiang de Qin, qui a aidé à escorter la cour, reçoit en récompense les anciennes terres des Zhou à l'ouest, qu'il lui faut reprendre aux Rong.
Désormais, le roi ne gouverne plus qu'un petit domaine autour de Luoyi. Il garde son prestige rituel, mais le pouvoir passe aux seigneurs. La première période des Zhou de l'Est tient son nom des Annales des Printemps et Automnes (《春秋》), la chronique de l'État de Lu de 722 à 481 av. J.-C., que la tradition rattache à Confucius. En Chine, on la date généralement de 770 à 476 av. J.-C., mais d'autres fins sont proposées, de 481 à 403.
Des centaines de petits États se font la guerre et s'allient au gré de leurs intérêts. Le roi donne au souverain le plus puissant le titre d'hégémon (霸), avec le devoir de protéger la cour et les États plus faibles contre les peuples extérieurs. Le premier est le duc Huan de Qi (齐桓公, règne 685-643), aidé de son ministre Guan Zhong. Peu à peu, les grands États absorbent les petits.
周平王
Zhōu Píngwángle roi Ping des Zhou
春秋五霸
Chūnqiū Wǔ Bàles cinq hégémons des Printemps et Automnes
齐桓公
Qí Huángōngle duc Huan de Qi, premier hégémon
Les Royaumes combattants et le fer
La seconde période des Zhou de l'Est doit son nom au Zhanguo ce (《战国策》), un recueil compilé sous les Han par Liu Xiang (刘向). Son point de départ est discuté. La date la plus citée, 475 av. J.-C., est celle que choisit Sima Qian ; d'autres retiennent 453, quand trois grandes familles de l'État de Jin éliminent la quatrième et se partagent ses terres, ou 403, quand le roi Zhou reconnaît officiellement leurs trois nouveaux États, Han, Zhao et Wei.
Il reste sept grands États, les « sept puissants » (战国七雄) : Qin, Qi, Chu, Yan, Han, Zhao et Wei. Leurs souverains ne font même plus semblant d'être les vassaux des Zhou : en 344 av. J.-C., celui de Wei prend le titre de roi (王), et les autres l'imitent (Chu le portait depuis les Printemps et Automnes).
La guerre change d'échelle. Les chars des nobles cèdent la place à de grandes armées de fantassins, armés d'épées et d'arbalètes, et la cavalerie apparaît. Le fer se répand : des objets en fonte, surtout des outils agricoles et des armes, apparaissent sur les sites archéologiques dès le Ve s. av. J.-C., et au IIIe siècle certaines fonderies emploient plus de deux cents ouvriers. Les États se réforment et se centralisent pour lever des armées toujours plus grandes. Qin finit par l'emporter : en 256 av. J.-C., il prend la capitale des Zhou, dont le dernier roi, Nan (周赧王), disparaît, puis achève la conquête des autres royaumes en 221.
战国七雄
Zhànguó Qī Xióngles sept puissants des Royaumes combattants
战国策
Zhànguó Cèle Zhanguo ce, recueil compilé sous les Han
铁
tiěle fer
Confucius (孔子)
Pendant les Printemps et Automnes, en 551 av. J.-C., naît dans l'État de Lu (鲁), dans l'actuel Shandong, un homme nommé Kong Qiu (孔丘). C'est Confucius : les jésuites ont latinisé ainsi son nom chinois, Kong Fuzi (孔夫子), « Maître Kong ». Il sert le Lu comme fonctionnaire, puis quitte son pays et parcourt pendant des années les autres États, à la recherche d'un souverain qui appliquerait ses idées, sans en trouver. Revenu au Lu, il enseigne jusqu'à sa mort, en 479 av. J.-C.
Confucius se voyait comme un transmetteur : il voulait faire revivre les valeurs des premiers Zhou, qu'il jugeait abandonnées. Il prône la piété filiale, le respect des rites et un gouvernement par la vertu. La tradition lui attribue la rédaction ou l'édition des grands classiques, mais les chercheurs modernes restent prudents : une partie de ces textes est plus ancienne que lui.
Ses paroles ont été réunies après sa mort par ses disciples dans les Entretiens (《论语》, Lunyu). L'une des plus célèbres répond au disciple Zigong, qui lui demande s'il existe un mot capable de guider toute une vie : « Ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, ne le fais pas aux autres » (己所不欲,勿施于人, chapitre « Wei Linggong »).
Sa pensée gagne du terrain pendant les Royaumes combattants, portée par des disciples comme Mencius (孟子, IVe s. av. J.-C.). Après un revers sous les Qin, elle reçoit la reconnaissance officielle sous les Han.
孔子
KǒngzǐConfucius, « Maître Kong »
论语
Lúnyǔles Entretiens de Confucius
己所不欲,勿施于人
jǐ suǒ bú yù, wù shī yú rén« Ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, ne le fais pas aux autres » (Entretiens, « Wei Linggong »)
孟子
MèngzǐMencius
Laozi, Sunzi et les Cent Écoles
Confucius n'est pas seul. De la fin des Printemps et Automnes à 221 av. J.-C., tant de courants s'affrontent qu'on parle des Cent Écoles (诸子百家). Les souverains rivaux accueillent des lettrés itinérants qui les conseillent sur le gouvernement, la guerre et la diplomatie ; l'État de Qi entretient même une académie à Jixia. Parmi ces écoles :
• les légistes (法家), pour qui seules des lois strictes, strictement appliquées, maintiennent l'ordre ; Qin en fera sa doctrine ;
• les mohistes (墨家), disciples de Mozi (墨子, né vers 470 av. J.-C.), qui prêchent une bienveillance égale envers tous (兼爱) et condamnent la guerre offensive ;
• les taoïstes (道家), dont on attribue la pensée à Laozi (老子).
Selon la tradition, Laozi, de son nom Li Er (李耳), était archiviste à la cour des Zhou, un aîné de Confucius et l'auteur du Daodejing (《道德经》). Mais son existence est discutée. Sima Qian, qui écrit sa biographie, hésitait déjà et mentionnait d'autres hypothèses ; aujourd'hui, certains chercheurs le tiennent pour largement légendaire ou pour une figure composite, d'autres jugent plausible l'existence d'un maître nommé Lao Dan.
Même prudence pour Sunzi (孙子), « Maître Sun ». Selon Sima Qian, Sun Wu (孙武) était un général au service du roi Helü de Wu (吴王阖闾), à la fin des Printemps et Automnes. On lui attribue l'Art de la guerre (《孙子兵法》), un traité en treize chapitres, mais ses parties les plus anciennes datent sans doute d'au moins un siècle après lui, et des lettrés doutent de son existence depuis les Song. Sa formule la plus connue vient du chapitre « Mou gong » (谋攻) : « qui connaît l'ennemi et se connaît lui-même ne sera pas en danger en cent batailles » (知彼知己,百战不殆).
诸子百家
zhūzǐ bǎijiāles Cent Écoles
老子
LǎozǐLaozi, « vieux maître »
道德经
Dàodéjīngle Daodejing
孙子兵法
Sūnzǐ Bīngfǎl'Art de la guerre de Sunzi
知彼知己,百战不殆
zhī bǐ zhī jǐ, bǎi zhàn bú dài« Qui connaît l'ennemi et se connaît lui-même ne sera pas en danger en cent batailles » (Sunzi, « Mou gong »)
Mots à retenir
朝代cháodài
dynastie · HSK 7-9
天命tiānmìng
mandat du Ciel
诸侯zhūhóu
seigneur, vassal du roi
战争zhànzhēng
guerre · HSK 4
铁tiě
fer · HSK 3
思想sīxiǎng
pensée, idées · HSK 3
哲学zhéxué
philosophie · HSK 6
孔子Kǒngzǐ
Confucius
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Zhou dynasty, Wikipedia
- Dynastie Zhou, Wikipédia
- 周朝, 维基百科
- Haojing, Wikipedia
- Encyclopaedia Britannica, Wuwang, Britannica
- Fengjian, Wikipedia
- 封建, 维基百科
- Mandate of Heaven, Wikipedia
- 詩經 · 大雅 · 文王, 维基文库 (Wikisource)
- Classic of Poetry, Wikipedia
- Spring and Autumn period, Wikipedia
- 春秋时期, 维基百科
- Qin dynasty, Wikipedia
- Dynastie Qin, Wikipédia
- Warring States period, Wikipedia
- 战国时期, 维基百科
- Période des Royaumes combattants, Wikipédia
- History of metallurgy in China, Wikipedia
- Hundred Schools of Thought, Wikipedia
- Confucius, Wikipedia
- Confucius, Wikipédia
- 孔子, 维基百科
- 論語 · 衞靈公第十五, 维基文库 (Wikisource)
- Laozi, Wikipedia
- Lao Tseu, Wikipédia
- Sun Tzu, Wikipedia
- The Art of War, Wikipedia
- 孫子兵法 (謀攻第三), 维基文库 (Wikisource)
- Clerical script, Wikipedia