Légende · Shijing, « Da Dong » (époque Zhou) ; Dix-neuf poèmes anciens (Han) · 5 min de lecture
Le Bouvier et la Tisserande, la légende du Qixi
Le Bouvier et la Tisserande (牛郎织女) : deux étoiles du Shijing devenues des amants séparés par la Voie lactée, réunis au Qixi sur un pont de pies.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
L'histoire telle qu'on la raconte aujourd'hui
Le Bouvier et la Tisserande (牛郎织女) fait partie des « quatre grands récits populaires » de la Chine (中国四大民间传说), avec Meng Jiangnü qui pleure devant la Grande Muraille, Liang Shanbo et Zhu Yingtai, et la Légende du Serpent blanc : quatre histoires d'amour parmi les plus répandues en Chine.
Le récit existe en de nombreuses versions. Voici une trame très répandue aujourd'hui :
• un bouvier (牛郎) vit avec un vieux bœuf ;
• aidé par le bœuf, il s'empare du vêtement d'une tisserande céleste (织女) pendant qu'elle se baigne, et ils se marient ;
• ils ont deux enfants, mais la Reine Mère (王母娘娘) fait ramener la Tisserande au ciel ;
• le vieux bœuf, à sa mort, laisse sa peau au Bouvier, qui peut ainsi monter au ciel avec les enfants ;
• la Reine Mère tire une épingle de ses cheveux et trace entre eux une rivière, la Voie lactée ;
• touchées par leur amour, les pies forment un pont (鹊桥) pour qu'ils se retrouvent, une fois par an, le 7e jour du 7e mois lunaire.
L'Encyclopaedia Britannica résume une autre version : la Tisserande est la fille de l'Empereur de jade, pour qui elle file avec les nuages des robes de brocart sans couture. Autorisée à descendre sur terre, elle épouse le Bouvier et délaisse son ouvrage. Furieux, son père place les amants de part et d'autre de la Voie lactée.
牛郎
Niúlángle Bouvier
织女
Zhīnǚla Tisserande
王母娘娘
Wángmǔ Niángniangla Reine Mère
Au départ, deux étoiles du Shijing
Avant d'être une histoire d'amour, le Bouvier et la Tisserande sont des noms d'étoiles. La plus ancienne mention connue se trouve dans le Classique des vers (诗经, Shījīng), l'anthologie de poèmes de l'époque Zhou (周) : Wikipédia la date de plus de 2 600 ans, et les sources chinoises y voient la première ébauche du récit.
Le poème s'intitule « Da Dong » (大东) et appartient à la section Xiaoya (小雅). Dans ses cinquième et sixième strophes, le poète regarde la Voie lactée, appelée simplement « Han » (汉). Il y voit la Tisserande (织女), qui « fait la navette » sept fois par jour sans jamais achever d'étoffe à motifs, et le Bouvier (牵牛, son nom dans le poème), qui brille mais ne tire aucune voiture.
Le poème ne dit rien d'un amour entre eux : ce ne sont que des étoiles. Selon Wikipédia en chinois, ils forment un couple au plus tard à l'époque des Royaumes combattants : des almanachs des Qin écrits sur lattes de bambou (日书) évoquent déjà un mariage malheureux entre le Bouvier et la Tisserande. Sous les Han (汉朝), ils sont représentés comme deux divinités, un homme et une femme.
诗经
Shījīngle Classique des vers
牵牛
Qiānniúle Bouvier, sous son nom du Shijing
Sous les Han : des statues, un poème et un pont de pies
En 120 av. J.-C., l'empereur Wu des Han (汉武帝) fait creuser le lac Kunming (昆明池) et dresse sur ses rives est et ouest deux statues de pierre, le Bouvier et la Tisserande, qui se font face comme de part et d'autre de la Rivière céleste.
Les Dix-neuf poèmes anciens (古诗十九首), poèmes anonymes des Han réunis plus tard par le prince Xiao Tong (萧统) dans l'anthologie Wenxuan (文选), en donnent une version déjà amoureuse. Dans le dixième, « Lointaine, l'étoile du Bouvier » (迢迢牵牛星), la Tisserande fait courir sa navette sans achever son étoffe et pleure ; un seul bras d'eau, clair et peu profond, la sépare de l'aimé, et ils se regardent sans pouvoir se parler.
Le pont de pies apparaît chez Ying Shao (应劭), lettré des Han de l'Est, dans son Fengsu tongyi (风俗通义) : la septième nuit du septième mois, la Tisserande traverse la rivière sur un pont de pies, ce qui expliquerait pourquoi, ce jour-là, les pies ont la tête déplumée. L'ouvrage est en grande partie perdu : ce passage n'est connu que par des citations dans des livres plus tardifs.
迢迢牵牛星,皎皎河汉女。
tiáotiáo Qiānniú xīng, jiǎojiǎo Hé Hàn nǚ.Lointaine, l'étoile du Bouvier ; lumineuse, la fille de la Rivière céleste. (Dix-neuf poèmes anciens, n° 10)
盈盈一水间,脉脉不得语。
yíngyíng yì shuǐ jiān, mòmò bù dé yǔ.Séparés par un seul bras d'eau limpide, ils se regardent sans pouvoir se parler. (même poème)
Les deux statues de pierre du lac Kunming, hautes de plus de trois mètres, existent toujours, près de Xi'an (Shaanxi).
Un récit qui change de famille, des Liang aux Song
Un passage attribué au Xiaoshuo (小说) de Yin Yun (殷芸, 471-529), lettré de la dynastie Liang (梁), donne une trame proche de la version de la Britannica : à l'est de la Rivière céleste, la Tisserande, fille de l'Empereur céleste (天帝), tisse année après année des brocarts de nuages ; son père, la voyant seule, la marie au Bouvier de la rive ouest ; une fois mariée, elle cesse de tisser ; furieux, il la renvoie sur la rive est et ne leur accorde qu'une rencontre par an. Le livre de Yin Yun est perdu : ce texte est connu par une citation dans le Yueling guangyi (月令广义) de Feng Yingjing (冯应京).
La famille de la Tisserande varie selon les versions : fille de l'Empereur céleste, sa petite-fille, fille de la Reine Mère ou encore petite-fille de celle-ci.
Sous les Song du Nord, le poète Qin Guan (秦观) consacre au mythe un poème chanté (ci) sur l'air « Que qiao xian » (鹊桥仙, « L'immortel du pont des pies »). Ses deux derniers vers disent que, si l'amour dure, il importe peu de ne pas être ensemble chaque jour.
Aujourd'hui, la « légende du Bouvier et de la Tisserande » (牛郎织女传说) figure depuis 2008 sur la deuxième liste nationale du patrimoine culturel immatériel, dans la catégorie littérature populaire, au titre des districts de Heshun (和顺, Shanxi) et de Yiyuan (沂源, Shandong).
两情若是久长时,又岂在朝朝暮暮。
liǎng qíng ruò shì jiǔ cháng shí, yòu qǐ zài zhāozhāo mùmù.Si deux cœurs s'aiment pour longtemps, qu'importe d'être ensemble matin et soir ? (Qin Guan, « Que qiao xian »)
Véga, Altaïr et la fête du Qixi
Dans le ciel, la Tisserande est l'étoile Véga et le Bouvier l'étoile Altaïr. Deux autres étoiles de la constellation de l'Aigle, β et γ, représentent leurs deux enfants. En chinois, Véga s'appelle 织女一, « première étoile de la Tisserande ». Altaïr est à environ 16,7 années-lumière de nous, Véga à environ 25. Avec Deneb, elles forment le Triangle d'été, et certains voient dans Deneb le pont qui les relie.
La fête du Double Sept, le Qixi (七夕), tombe le 7e jour du 7e mois lunaire, date de la rencontre annuelle. On l'appelle aussi fête du Qiqiao (乞巧, « demander l'adresse ») : les jeunes filles priaient pour obtenir l'habileté de la Tisserande aux travaux d'aiguille. Une épreuve consistait à poser délicatement une aiguille à la surface d'un bol d'eau, où elle flottait : on lisait dans les rides ou dans l'ombre qu'elle dessinait si la jeune fille serait une brodeuse habile.
Le Qixi est souvent présenté aujourd'hui comme la « Saint-Valentin chinoise ». Le 20 mai 2006, le Conseil des affaires de l'État l'a inscrit sur la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel, qui comptait 518 éléments.
七夕
Qīxīle Qixi, fête du 7e jour du 7e mois lunaire
乞巧
qǐqiǎodemander l'adresse (aux travaux d'aiguille)
鹊桥
quèqiáole pont des pies
Mots à retenir
牛郎niúláng
bouvier, gardien de bœufs
织女zhīnǚ
tisserande
银河yínhé
la Voie lactée
喜鹊xǐquè
pie
星星xīngxing
étoile · HSK 2
传说chuánshuō
légende · HSK 3
七夕Qīxī
le Qixi (fête du Double Sept)
织布zhībù
tisser (du tissu)
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, Zhi Nü, Britannica
- 詩經 · 小雅 · 大東 (Book of Poetry, "Da Dong"), 维基文库 (Wikisource)
- 迢迢牽牛星 (古詩十九首), 维基文库 (Wikisource)
- 秦觀 (Qin Guan), 鵲橋仙, 维基文库 (Wikisource)
- The Cowherd and the Weaver Girl, Wikipedia
- Qixi Festival, Wikipedia
- Vega, Wikipedia
- Altair, Wikipedia
- 牛郎织女, 维基百科 (Wikipedia)
- 七夕, 维基百科 (Wikipedia)
- 汉长安城, 维基百科 (Wikipedia)
- 国务院 (State Council of the PRC), 国务院关于公布第一批国家级非物质文化遗产名录的通知, 中国政府网, 2006
- 国家级非物质文化遗产代表性项目名录, 维基百科 (Wikipedia)