9e jour du 9e mois lunaire (le plus souvent en octobre) · 6 min de lecture
Fête du double neuf : hauteurs, chrysanthèmes et aînés
Fête du double neuf (重阳节) : pourquoi le 9 du 9e mois, la légende de Huan Jing, chrysanthèmes et zhuyu, le poème de Wang Wei, la fête des aînés, avec audio.
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Le 9 du 9e mois : deux fois neuf, deux fois yang
La fête du double neuf, 重阳节 (Chóngyáng Jié), tombe le 9e jour du neuvième mois lunaire, le plus souvent en octobre. Son nom vient de la cosmologie chinoise : selon le Yijing (易经), le neuf est un nombre yang. Le 9 du 9e mois réunit donc deux yang, d'où le nom de « double yang » (重阳) ; on dit aussi 重九, « double neuf ».
Cao Pi (曹丕, 187–226), le premier empereur des Wei, l'explique déjà dans une lettre à Zhong Yao (钟繇), qu'il accompagne d'un bouquet de chrysanthèmes pour ce jour-là : « Le neuf est un nombre yang, et le jour comme le mois y répondent. Les gens aiment ce nom, qu'ils jugent propice à ce qui dure longtemps ; c'est pourquoi on y donne des banquets. »
Derrière ce vœu de durée, il y a un jeu de sons : 九 (jiǔ, « neuf ») se prononce exactement comme 久 (jiǔ, « longtemps »). Le double neuf est ainsi devenu un symbole de longévité, et c'est l'une des raisons pour lesquelles il est aujourd'hui la fête des personnes âgées.
重阳节
Chóngyáng Jiéla fête du double neuf (« double yang »)
九月初九
jiǔyuè chūjiǔle 9e jour du 9e mois lunaire
九为阳数
jiǔ wéi yáng shù« le neuf est un nombre yang » (lettre de Cao Pi)
长久
chángjiǔdurable, qui dure longtemps
Monter sur les hauteurs : la légende de Huan Jing
Le geste central de la fête consiste à monter sur une hauteur (登高, dēnggāo) : gravir une colline ou une montagne pour y pique-niquer et y boire. Le récit traditionnel qui l'explique est une légende rapportée sous la dynastie Liang par Wu Jun (吴均), dans le Xu Qi Xie ji (续齐谐记).
Huan Jing (桓景), de Runan (汝南), étudiait depuis des années auprès du maître Fei Changfang (费长房). Un jour, celui-ci le prévint : « Le 9 du 9e mois, un malheur frappera ta maison. Pars vite : que chacun des tiens se fasse un sachet rouge rempli de zhuyu (茱萸) et l'attache à son bras, qu'il monte sur une hauteur et boive du vin de chrysanthème, et le malheur sera écarté. » Huan Jing obéit et partit dans la montagne avec toute sa famille. Le soir, au retour, poules, chiens, bœufs et moutons étaient tous morts d'un coup. « Ils ont pris votre place », dit le maître. Et le texte conclut : c'est de là que vient l'habitude de monter boire sur les hauteurs le 9 et, pour les femmes, de porter un sachet de zhuyu.
D'autres récits existent, et les origines de la fête restent obscures et discutées : selon les auteurs, on la fait remonter aux Royaumes combattants ou aux Han orientaux. Le Xijing zaji (西京杂记), un recueil d'anecdotes sur Chang'an (长安), la capitale des Han occidentaux, prête ainsi à Jia Peilan (贾佩兰), servante de la dame Qi (戚夫人), favorite de l'empereur Gaozu, le souvenir qu'au palais, ce jour-là, on portait du zhuyu, mangeait des gâteaux et buvait du vin de chrysanthème, « pour vivre longtemps ».
登高
dēnggāomonter sur une hauteur
桓景
Huán JǐngHuan Jing, le héros de la légende
费长房
Fèi ChángfángFei Changfang, son maître
Chrysanthèmes et zhuyu
Le neuvième mois est celui des chrysanthèmes (菊花, júhuā). Dans sa lettre, Cao Pi remarque qu'en ce mois « seul le chrysanthème parfumé s'épanouit », et c'est un bouquet de ces fleurs qu'il envoie. Le Xijing zaji donne même la recette du vin de chrysanthème : quand les fleurs s'ouvrent, on cueille aussi tiges et feuilles, on les fait fermenter avec du millet, et le vin n'est prêt qu'au 9 du 9e mois de l'année suivante. Les anciens lui prêtaient le pouvoir de prolonger la vie.
Sous les Song du Nord, on admire les chrysanthèmes dans la capitale : le Dongjing menghua lu (东京梦华录) énumère les variétés que l'on admire, comme le « chrysanthème des dix mille ans » (万龄菊) ou le « chrysanthème fleur de pêcher » (桃花菊), et décrit les tavernes qui encadrent leur porte de chrysanthèmes. Aujourd'hui, beaucoup de villes organisent des expositions de chrysanthèmes ; on boit surtout du thé de chrysanthème, et quelques-uns font encore leur propre vin.
L'autre plante de la fête, le zhuyu (茱萸, zhūyú), est plus mystérieuse. Le mot désigne plusieurs arbustes aromatiques (山茱萸, 吴茱萸...), et l'on discute encore pour savoir lequel désignent les textes anciens ; on le traduit souvent par « cornouiller ». On le portait dans un sachet attaché au bras, ou piqué dans les cheveux, en montant sur les hauteurs : selon la légende de Huan Jing, il écartait le malheur.
菊花
júhuāchrysanthème
赏菊
shǎng júadmirer les chrysanthèmes
菊花酒
júhuājiǔvin de chrysanthème
茱萸
zhūyúle zhuyu, plante aromatique de la fête
Wang Wei : « à chaque fête, je pense deux fois plus aux miens »
Le double neuf a inspiré de nombreux poètes. L'un des poèmes les plus célèbres est un quatrain de Wang Wei (王维), poète des Tang, intitulé « Le 9 du 9e mois, je pense à mes frères de l'est des monts » (九月九日忆山东兄弟). Le texte transmis porte, sous le titre, la mention « 时年十七 » : il avait alors dix-sept ans.
Loin de chez lui, le jeune homme imagine ses frères qui montent sur les hauteurs, comme le veut la coutume, chacun avec son brin de zhuyu :
• « Seul en terre étrangère, étranger parmi les étrangers,
• à chaque fête, je pense deux fois plus aux miens.
• Je le sais, là-bas, mes frères sont montés sur les hauteurs ;
• tous portent du zhuyu, et il en manque un. »
Le poème dit la nostalgie qui saisit, les jours de fête, celui qui est loin des siens. Il figure dans l'anthologie des Trois cents poèmes des Tang (唐诗三百首), et son deuxième vers, 每逢佳节倍思亲, se lit facilement : 每逢 « chaque fois que », 佳节 « jour de fête », 倍 « doublement », 思亲 « penser aux siens ».
独在异乡为异客,每逢佳节倍思亲
dú zài yìxiāng wéi yìkè, měi féng jiājié bèi sī qīn« Seul en terre étrangère, étranger parmi les étrangers, à chaque fête je pense deux fois plus aux miens »
遥知兄弟登高处,遍插茱萸少一人
yáo zhī xiōngdì dēnggāo chù, biàn chā zhūyú shǎo yì rén« Je le sais, là-bas, mes frères sont montés sur les hauteurs ; tous portent du zhuyu, et il en manque un »
佳节
jiājiéjour de fête
Gâteaux, cerfs-volants et tombes : la fête aujourd'hui
On mange ce jour-là le gâteau du double neuf (重阳糕), cuit à la vapeur, garni de châtaignes, de pignons et d'autres fruits secs, et planté d'un petit drapeau de papier qui rappelle le zhuyu. Son nom cache un jeu de mots : 糕 (gāo, « gâteau ») se prononce comme 高 (gāo, « haut »), un souhait de progrès et de prospérité. La coutume est ancienne : sous les Song du Nord, on s'offrait déjà, un ou deux jours avant la fête, des gâteaux de farine cuits à la vapeur, piqués de petits drapeaux de couleur et garnis de grains de grenade, de châtaignes, de noix de ginkgo et de pignons.
On sort aussi marcher dans les collines, admirer les chrysanthèmes ou faire voler des cerfs-volants, car le vent souffle souvent fort à cette saison. Dans certaines régions, on se rend sur les tombes des ancêtres pour les nettoyer, comme à la fête de Qingming. À Hong Kong et à Macao, où le double neuf est un jour férié, des familles entières montent aux tombes, les nettoient, repeignent les inscriptions et y déposent des offrandes, cochon de lait rôti et fruits, qu'elles mangent ensuite.
En Chine continentale, en revanche, ce n'est pas un jour chômé, et la fête est aujourd'hui très inégalement suivie. Ses coutumes restent toutefois enseignées aux enfants à l'école primaire.
重阳糕
chóngyánggāogâteau du double neuf
放风筝
fàng fēngzhengfaire voler un cerf-volant
扫墓
sǎomùnettoyer les tombes des ancêtres
La fête des aînés (老年节)
Depuis 2013, le double neuf est aussi, par la loi, la fête des personnes âgées en Chine. La loi sur la protection des droits et intérêts des personnes âgées (老年人权益保障法), révisée par le Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale le 28 décembre 2012 et entrée en vigueur le 1er juillet 2013, dispose en son article 12 : « Chaque année, le 9e jour du 9e mois lunaire est la fête des personnes âgées. » La même loi définit les personnes âgées comme les citoyens de 60 ans et plus.
Deux raisons expliquent ce choix : la fête était déjà liée aux ancêtres et à leurs tombes, et le neuf, qui se prononce comme « longtemps » (久), symbolise la longévité. Elle a désormais pour sens de respecter et d'honorer les aînés (尊老敬老) et de leur souhaiter une vie longue et en bonne santé. On organise ce jour-là des activités en leur honneur (敬老活动), et c'est aussi une occasion de se retrouver en famille. Taïwan en a également fait une journée des personnes âgées.
老年节
Lǎonián Jiéla fête des personnes âgées
每年农历九月初九为老年节
měi nián nónglì jiǔyuè chūjiǔ wéi Lǎonián Jié« Chaque année, le 9e jour du 9e mois lunaire est la fête des personnes âgées » (article 12)
尊老敬老
zūnlǎo jìnglǎorespecter et honorer les aînés
Mots à retenir
重阳节Chóngyáng Jié
la fête du double neuf
登高dēnggāo
monter sur une hauteur
爬山pá shān
faire de la randonnée en montagne · HSK 2
菊花júhuā
chrysanthème · HSK 7-9
长久chángjiǔ
durable · HSK 6
扫墓sǎomù
nettoyer les tombes des ancêtres · HSK 7-9
老年lǎonián
la vieillesse ; âgé · HSK 2
兄弟xiōngdì
frères · HSK 4
佳节jiājié
jour de fête · HSK 7-9
风筝fēngzheng
cerf-volant · HSK 7-9
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Double Ninth Festival, Wikipedia (English)
- 重阳节, Wikipedia (中文)
- Fête du double neuf, Wikipédia (français)
- Public holidays in Hong Kong, Wikipedia (English)
- 魏文帝 曹丕 (Cao Pi), 与钟繇九日送菊书, in 古今图书集成 · 岁功典 · 卷76, Wikisource
- 曹丕, Wikipedia (中文)
- 吴均 (Wu Jun), 续齐谐记, Wikisource
- 西京杂记 · 卷三, Wikisource
- 东京梦华录 · 卷八, Wikisource
- 茱萸, Wikipedia (中文)
- 王维 (Wang Wei), 九月九日忆山东兄弟 (全唐诗 · 卷128), Wikisource
- 全国人民代表大会常务委员会, 中华人民共和国老年人权益保障法 (2012 revision), Wikisource