Mythe · Huainanzi (Han occidentaux) · 5 min de lecture
Nüwa, la déesse qui répara le ciel
Nüwa répare le ciel effondré avec des pierres de cinq couleurs et façonne les humains dans la terre jaune : le mythe et les textes anciens qui le racontent.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
Qui est Nüwa ?
Nüwa (女娲) est l'une des grandes figures des mythes chinois. L'Encyclopædia Britannica la présente comme l'épouse ou la sœur de Fuxi (伏羲), un souverain légendaire, et comme la patronne des entremetteurs : avec lui, elle aurait fixé les règles du mariage.
Il n'existe pas de récit unique de sa vie. Ce que l'on raconte d'elle vient de passages dispersés dans des textes d'époques différentes, qui ne disent pas tous la même chose. Cette page suit trois sources, en disant chaque fois laquelle :
• le Huainanzi (淮南子), un recueil compilé sous les Han occidentaux à la cour de Liu An (刘安), roi de Huainan. Nüwa y répare le ciel (chapitre « Lanming », 览冥训), et un autre chapitre (« Tianwen », 天文训) raconte comment Gonggong brisa un pilier du ciel ;
• le Fengsu tongyi (风俗通义), un ouvrage sur les coutumes, qui rapporte qu'elle façonna les humains avec de la terre jaune ; ce passage nous est parvenu par une citation dans une encyclopédie plus tardive ;
• l'art funéraire, qui la représente avec Fuxi, tous deux mi-humains, mi-serpents.
Chaque épisode est raconté ici d'après son propre texte, sans les fondre en un seul récit.
女娲
NǚwāNüwa
伏羲
FúxīFuxi, son époux ou son frère
淮南子
HuáinánzǐHuainanzi, recueil des Han occidentaux
Réparer le ciel (女娲补天)
Le récit le plus célèbre se trouve dans le sixième chapitre du Huainanzi, « Lanming » (览冥训). Il s'ouvre sur une catastrophe : « aux temps anciens », les quatre piliers du monde s'effondrent et les neuf provinces (九州) se fendent. Le ciel ne couvre plus tout, la terre ne porte plus tout. Le feu brûle sans s'éteindre, les eaux débordent sans refluer ; les bêtes féroces dévorent les gens et les rapaces enlèvent les vieux et les faibles.
Nüwa remet alors le monde en ordre en quatre gestes :
• elle fait fondre des pierres de cinq couleurs pour colmater le ciel bleu ;
• elle coupe les pattes d'une tortue géante (鳌) pour dresser les quatre piliers ;
• elle tue le dragon noir pour secourir la province de Ji (冀州) ;
• elle entasse des cendres de roseaux pour arrêter les eaux.
Le texte énumère ensuite le résultat : le ciel est réparé, les quatre piliers sont droits, les eaux se retirent, la province de Ji est en paix, les bêtes nuisibles meurent et le peuple peut vivre. Il décrit enfin un âge d'harmonie où les fauves et les serpents cachent leurs griffes et leur venin et ne cherchent plus à dévorer personne.
À noter : ce chapitre ne dit pas ce qui a provoqué l'effondrement. Il ne nomme ni coupable ni cause.
女娲补天
Nǚwā bǔ tiānNüwa répare le ciel
女娲炼五色石以补苍天
Nǚwā liàn wǔ sè shí yǐ bǔ cāngtiānNüwa fit fondre des pierres de cinq couleurs pour réparer le ciel bleu (Huainanzi, « Lanming »)
Gonggong et le mont Buzhou
Un autre récit sur la fragilité du monde se trouve dans le troisième chapitre du même livre, « Tianwen » (天文训). Il tient en deux phrases. Autrefois, Gonggong (共工) dispute le trône à Zhuanxu (颛顼). Furieux, il frappe le mont Buzhou (不周山) : le pilier du ciel se brise et les cordes qui retiennent la terre se rompent.
La suite explique la forme du monde. Depuis, le ciel penche vers le nord-ouest, et c'est pour cela que le soleil, la lune et les étoiles se déplacent de ce côté ; la terre s'affaisse au sud-est, et c'est pour cela que les eaux et la poussière s'y rassemblent. Le mythe rend compte à la fois du mouvement des astres et de la pente des eaux, dans le cadre de l'ancienne cosmologie du « ciel-couvercle » (盖天说).
Dans le Huainanzi, ce récit et celui de Nüwa restent séparés : le chapitre « Lanming » ne mentionne pas Gonggong, et le chapitre « Tianwen » ne parle pas de Nüwa. Tous deux décrivent un monde dont les supports se brisent, mais le texte lui-même ne fait pas de la colère de Gonggong la cause de la catastrophe que répare Nüwa.
L'épisode est connu sous le titre 共工怒触不周山, « Gonggong, furieux, heurte le mont Buzhou ».
共工怒触不周山
Gònggōng nù chù Bùzhōu ShānGonggong, furieux, heurte le mont Buzhou
天柱折,地维绝
tiān zhù zhé, dì wéi juéLe pilier du ciel se brisa, les cordes de la terre se rompirent (Huainanzi, « Tianwen »)
Des humains en terre jaune
Le récit de la création des humains par Nüwa vient d'un autre livre, le Fengsu tongyi (风俗通义), consacré aux coutumes. Le passage n'est pas connu directement : il est cité dans le Taiping yulan (太平御览), une vaste encyclopédie compilée de 977 à 983, au chapitre 78.
Le texte s'ouvre par 俗说, « selon une croyance populaire » : il se présente lui-même comme un récit qui circule. Quand le ciel et la terre viennent d'être séparés, il n'y a pas encore d'humains. Nüwa pétrit de la terre jaune pour les façonner. Mais la tâche est épuisante et elle ne suffit pas à la besogne : elle traîne alors une corde dans la boue, la soulève, et en fait des humains.
La conclusion est sociale plus que cosmique : les riches et les nobles sont les humains de terre jaune, façonnés à la main ; les pauvres et les humbles sont les humains nés de la corde. Le mythe explique ainsi l'inégalité entre les gens par la manière dont ils ont été faits.
La formule 抟土作人 (tuán tǔ zuò rén), « pétrir la terre pour faire des humains », figure dans les dictionnaires d'expressions.
抟土作人
tuán tǔ zuò rénpétrir la terre pour faire des humains
风俗通义
Fēngsú TōngyìFengsu tongyi, ouvrage sur les coutumes
Fuxi et Nüwa, corps de serpent
Dans l'art funéraire, Nüwa est représentée en couple avec Fuxi : tous deux ont un buste humain et une longue queue de serpent. Depuis les Han, on les montre souvent tenant chacun un instrument, Nüwa un compas et Fuxi une équerre.
• Sous les Han orientaux, les reliefs de pierre du sanctuaire de Wu Liang (武梁祠), à Jiaxiang, dans le Shandong, les représentent avec leurs queues de serpent entrelacées.
• Le même couple se retrouve sur des peintures sur soie trouvées dans les tombes du cimetière d'Astana (阿斯塔那), près de Turfan (吐鲁番), au Xinjiang. L'une d'elles, mise au jour en 1965 et conservée au musée de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, montre les deux êtres enlacés, de profil, leurs queues de serpent enroulées en spirale, Fuxi avec l'équerre et Nüwa avec le compas. Autour d'eux sont figurés le soleil, la lune et les étoiles.
Selon la présentation de cette peinture relayée par China Daily, l'équerre et le compas représentent l'équilibre du ciel et de la terre.
Mots à retenir
女娲Nǚwā
Nüwa (déesse)
补bǔ
réparer, raccommoder · HSK 3
天空tiānkōng
ciel · HSK 3
石头shítou
pierre · HSK 3
颜色yánsè
couleur · HSK 2
黄土huángtǔ
terre jaune, lœss
泥ní
boue · HSK 6
蛇shé
serpent · HSK 5
柱子zhùzi
pilier, colonne · HSK 6
山shān
montagne · HSK 1
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Liu An 刘安 (dir.), 淮南子 · 览冥训 (Huainanzi, « Lanming »), Wikisource
- Liu An 刘安 (dir.), 淮南子 · 天文训 (Huainanzi, « Tianwen »), Wikisource
- Encyclopaedia Britannica, Nu Gua, Britannica
- 女娲补天, Gushiwen 古诗文网
- 抟土作人, Guoxue Dashi 国学大师
- Taiping Yulan, Wikipedia
- 太平御览·卷七十八 (Taiping yulan, ch. 78: the Fengsu tongyi passage), Wikisource
- Nüwa, Wikipedia
- 女娲, Wikipedia (zh)
- 盖天说, Wikipedia (zh)
- Wu Family Shrines, Wikipedia
- Ancient silk painting depicts Fuxi and Nüwa with intertwined snake tails, China Daily, 2025