Mythe · Sanwu liji de Xu Zheng (IIIe s. apr. J.-C.) · 6 min de lecture
Pangu, le géant qui sépara le ciel et la terre
Pangu naît dans un œuf cosmique, sépare le ciel et la terre, puis son corps devient le monde : un mythe noté au IIIe siècle, tardif et débattu.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
Au commencement, un œuf
La plus ancienne version connue du mythe de Pangu (盘古) vient du Sanwu liji (三五历纪, parfois écrit 三五历记), les « Chroniques des Trois et des Cinq ». Son auteur, Xu Zheng (徐整), était un dignitaire du royaume de Wu (吴) à l'époque des Trois Royaumes, au IIIe siècle de notre ère. Le livre est perdu : le passage ne survit que parce que des encyclopédies plus tardives l'ont recopié.
Le récit tient en quelques lignes. Au départ, le ciel et la terre sont mêlés dans un chaos « pareil à un œuf de poule ». Pangu naît à l'intérieur. Au bout de dix-huit mille ans, le ciel et la terre s'ouvrent : ce qui est clair, le yang, devient le ciel ; ce qui est trouble, le yin, devient la terre. Pangu, entre les deux, se transforme neuf fois par jour.
Chaque jour, le ciel s'élève d'un zhang (丈, une unité de longueur), la terre s'épaissit d'un zhang et Pangu grandit d'un zhang. Cela dure encore dix-huit mille ans, jusqu'à ce que le ciel soit extrêmement haut, la terre extrêmement profonde et Pangu extrêmement grand. Ensuite seulement apparaissent les Trois Augustes (三皇), des souverains légendaires, et le texte conclut que le ciel se trouve à quatre-vingt-dix mille li de la terre.
Dans ce texte, la séparation se fait à mesure que Pangu grandit, et rien n'est dit de sa mort : c'est un autre ouvrage qui raconte la suite.
盘古
PángǔPangu, le premier être du monde
阳清为天,阴浊为地
yáng qīng wéi tiān, yīn zhuó wéi dìLe yang, clair, devint le ciel ; le yin, trouble, devint la terre (Sanwu liji)
徐整
Xú ZhěngXu Zheng, auteur du IIIe siècle
Le texte dit 万八千岁. En chinois classique, le 一 placé devant 万 peut être omis : il faut lire « dix-huit mille ans », et non « cent huit mille ans », une autre lecture qui circule (Guangming Ribao, 2017).
Le corps devenu monde
La suite se trouve dans un second livre attribué à Xu Zheng, le Wuyun linianji (五运历年纪), « Chronique des cinq cycles ». Il est perdu lui aussi et n'est connu que par des citations dans des compilations bien plus tardives, notamment le Yishi (绎史), une histoire de l'Antiquité compilée au XVIIe siècle par Ma Su (马骕).
Selon ce texte, Pangu est le premier être à naître et, au moment de mourir, son corps se transforme :
• son souffle devient le vent et les nuages, sa voix le tonnerre ;
• son œil gauche devient le soleil, son œil droit la lune ;
• ses quatre membres et son corps forment les quatre extrémités du monde et les cinq montagnes sacrées ;
• son sang devient les fleuves, sa chair les champs ;
• ses cheveux et sa barbe deviennent les étoiles, sa peau et ses poils les herbes et les arbres ;
• ses dents et ses os deviennent les métaux et les pierres, sa moelle les perles et le jade, sa sueur la pluie.
Enfin, les petites bêtes qui vivaient sur son corps, touchées par le vent, deviennent le peuple : dans cette version, les humains naissent des parasites du géant.
Une autre citation du même livre décrit Pangu avec une tête de dragon et un corps de serpent : son souffle fait le vent et la pluie, et le jour et la nuit dépendent de ses yeux, ouverts ou fermés.
五运历年纪
Wǔyùn LìniánjìWuyun linianji, « Chronique des cinq cycles »
D'autres Pangu : les versions du Shuyi ji
Le Shuyi ji (述异记), « Récits d'étrangetés », rassemble plusieurs versions du mythe. Il est attribué au lettré Ren Fang (任昉), mort en 508 sous la dynastie Liang, mais le catalogue impérial des Qing, le Siku quanshu zongmu (四库全书总目), le juge compilé plus tard sous son nom : le texte cite une ère de règne postérieure à sa mort. Le recueil ne fond pas ces versions en une seule : il les juxtapose et, pour la plupart, dit d'où elles viennent.
• À sa mort, la tête de Pangu devient les quatre montagnes sacrées, ses yeux le soleil et la lune, sa graisse les fleuves et les mers, ses cheveux les plantes.
• Selon un dicton populaire « de l'époque des Qin et des Han », sa tête devient le mont sacré de l'Est, son ventre celui du Centre, ses bras ceux du Sud et du Nord, ses pieds celui de l'Ouest.
• Selon « les anciens lettrés », ses larmes deviennent les fleuves, son souffle le vent, sa voix le tonnerre, ses pupilles l'éclair.
• Selon une tradition ancienne, quand il est joyeux il fait beau, quand il est en colère le ciel se couvre.
• Dans les régions de Wu et de Chu, on dit que Pangu et son épouse sont le commencement du yin et du yang.
Le recueil ajoute qu'il existe dans le Nanhai (南海, la « mer du Sud ») un tombeau de Pangu long de plus de trois cents li, qu'à Guilin (桂林) un temple lui est consacré où l'on fait encore des offrandes, et que dans un « pays de Pangu » des mers du Sud, tous les habitants portent le nom de famille Pangu. Il conclut que Pangu est l'ancêtre du ciel, de la terre et de tous les êtres.
述异记
Shùyì JìShuyi ji, « Récits d'étrangetés », attribué à Ren Fang
任昉
Rén FǎngRen Fang, lettré de la dynastie Liang
Un mythe tardif, aux origines débattues
On présente souvent Pangu comme le premier personnage de la mythologie chinoise, mais il est l'un des derniers à apparaître dans les textes. Les livres de Xu Zheng, au IIIe siècle de notre ère, sont les plus anciens textes connus à raconter son histoire, et l'Encyclopædia Britannica date ces mythes de création du IIIe au VIe siècle. Nüwa réparant le ciel, par comparaison, figure déjà dans le Huainanzi, compilé sous les Han.
Les deux livres de Xu Zheng eux-mêmes ont disparu. Le récit de l'œuf nous est parvenu par des citations, notamment dans deux encyclopédies : le Yiwen leiju (艺文类聚), achevé en 624 sous les Tang, et le Taiping yulan (太平御览), compilé de 977 à 983.
D'où vient ce géant ? Dans un article de la revue Oral Tradition (2001), Wu Xiaodong résume les trois pistes proposées : l'Inde, la plaine centrale chinoise ou le Sud.
• L'Inde : le corps de Pangu devenu univers rappelle le Purusha sukta védique, où l'être cosmique Purusha forme le monde avec les parties de son corps ; lui aussi fait naître le soleil de ses yeux.
• Le Sud : Derk Bodde rattachait le mythe aux récits d'origine des Miao et des Yao ; d'autres chercheurs ont proposé que le nom de Pangu vienne de celui de Panhu (盘瓠), le chien ancêtre vénéré par les Yao et les She.
• La plaine centrale et le Sud à la fois : Wu Xiaodong rattache le mythe aux peuples de langues miao-yao, qui selon lui ont migré de la plaine centrale vers le Sud.
Aucune de ces hypothèses ne fait l'unanimité.
盘瓠
PánhùPanhu, chien ancêtre des Yao et des She
开天辟地 : du mythe à l'expression
Le mythe a laissé une expression toujours courante : 开天辟地 (kāi tiān pì dì), littéralement « ouvrir le ciel, fendre la terre ». Les dictionnaires la rattachent à Pangu et citent comme source le passage du Sanwu liji de Xu Zheng.
Elle désigne d'abord le moment où Pangu ouvrit le ciel et la terre, c'est-à-dire le début de l'histoire humaine. Par extension, elle qualifie ce qui est sans précédent, ce qui arrive « pour la première fois depuis que le monde existe ». On l'emploie comme prédicat ou comme épithète, souvent pour qualifier une grande entreprise sans précédent.
Pour un apprenant, l'expression aide à retenir des caractères très utiles : 开 (ouvrir), le même que dans 开门 (ouvrir la porte), et le couple 天 (ciel) / 地 (terre), que l'on retrouve dans le texte de Xu Zheng. Le caractère 辟, plus rare, a ici le sens d'« ouvrir, défricher ».
开天辟地
kāi tiān pì dìouvrir le ciel et la terre ; sans précédent
盘古开天辟地
Pángǔ kāi tiān pì dìPangu sépare le ciel et la terre
Mots à retenir
盘古Pángǔ
Pangu (géant créateur)
神话shénhuà
mythe · HSK 4
开天辟地kāi tiān pì dì
création du monde ; sans précédent · HSK 7-9
天tiān
ciel · HSK 1
地dì
terre, sol · HSK 1
鸡蛋jīdàn
œuf (de poule) · HSK 1
巨人jùrén
géant · HSK 7-9
太阳tàiyáng
soleil · HSK 2
月亮yuèliang
lune · HSK 2
眼睛yǎnjing
œil, yeux · HSK 2
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, Pan Gu, Britannica
- Pan Gu 盤古, ChinaKnowledge.de
- 盘古, Wikipedia (zh)
- Pangu, Wikipedia
- Wu Xiaodong, The Rhinoceros Totem and Pangu Myth: An Exploration of the Archetype of Pangu, Oral Tradition 16/2, 2001
- Ren Fang 任昉 (attributed), 述异记 (Shuyi ji), with the Siku quanshu notice, Wikisource
- Ouyang Xun 欧阳询 (ed.), 艺文类聚·卷一 (Yiwen leiju, ch. 1: the Sanwu liji passage), Wikisource
- Ma Su 马骕, 绎史·卷一 (Yishi, ch. 1: the Wuyun linianji passage), Wikisource
- 事物纪原·卷一 (Shiwu jiyuan, ch. 1: Pangu with a dragon's head), Wikisource
- Panhu, Wikipedia
- “一万八千年”还是“十万八千年”, Guangming Ribao 光明日报, 2017
- 开天辟地, Handian 汉典