Arts et pratiques · 7 min de lecture
Papier découpé, ombres chinoises et cerfs-volants
Arts populaires chinois : le papier découpé (剪纸), les 窗花 des fenêtres et le 囍 des mariages, le théâtre d'ombres (皮影戏) et les cerfs-volants de Weifang.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
Le papier découpé (剪纸), un art millénaire
Le papier découpé se dit 剪纸 (jiǎnzhǐ), de 剪, « couper aux ciseaux », et 纸, « papier ». Selon Wikipédia, cet art a pu naître après l'invention du papier, attribuée à Cai Lun, un fonctionnaire des Han orientaux, au IIe siècle. Avant le papier, on découpait déjà des motifs dans des feuilles d'or et d'argent, et l'usage a duré : Wikipédia en chinois évoque des femmes qui, sous les Han et les Tang, s'en paraient les tempes. Selon Wikipédia, les découvertes archéologiques font remonter le papier découpé au VIe siècle : le climat sec du nord-ouest a permis d'en retrouver à Tourfan, au Xinjiang, qui datent des dynasties du Nord.
Au début, le papier découpé sert surtout aux rites funéraires et aux sacrifices. Wikipédia en chinois cite un poème de Du Fu (杜甫), la Ballade de Pengya (彭衙行), où le poète, fuyant les rebelles, est recueilli par un ami qui lui lave les pieds et « découpe du papier pour rappeler son âme ». L'art mûrit sous les Tang et connaît son apogée sous les Ming et les Qing.
On découpe aux ciseaux ou on grave au couteau, souvent dans du papier plié plusieurs fois, que l'on déplie ensuite pour révéler le motif. Un conseil d'artisan que rapporte Wikipédia en chinois : dans les courbes, « on tourne le papier, pas les ciseaux ». Les styles varient : au nord, des formes simples et vigoureuses ; au sud, des motifs fins et délicats, comme à Foshan.
En 2009, lors de la 4e session de son comité, à Abou Dhabi, l'UNESCO a inscrit le papier découpé chinois sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel. Elle y voit un art surtout féminin, transmis de mère en fille dès l'enfance, particulièrement répandu à la campagne.
剪纸
jiǎnzhǐle papier découpé
暖汤濯我足,翦纸招我魂。
Nuǎn tāng zhuó wǒ zú, jiǎn zhǐ zhāo wǒ hún.« À l'eau chaude il me lave les pieds, il découpe du papier pour rappeler mon âme. » (Du Fu, Ballade de Pengya)
Fleurs de fenêtre (窗花) et double bonheur (囍)
Comme ils décorent souvent portes et fenêtres, les papiers découpés sont souvent appelés « fleurs » (花), au sens de « motifs ». Ceux que l'on colle aux fenêtres sont les 窗花 (chuānghuā), les « fleurs de fenêtre ». Selon Wikipédia, on en décore les fenêtres pour accueillir le printemps et la nouvelle année, surtout dans le nord de la Chine, une coutume pratiquée depuis les Song et les Yuan. Le papier rouge domine, parce que le rouge est associé au bonheur et à la chance.
Les caractères les plus découpés sont 福 (fú, « bonheur, chance »), pour le Nouvel An, et 囍, pour les mariages. C'est le caractère 喜 (xǐ) de 喜欢 (xǐhuan, « aimer ») et de 喜事 (xǐshì, « heureux événement, mariage »), écrit deux fois : on le lit comme 喜, et on l'appelle aussi 双喜 (shuāngxǐ), le « double bonheur ». Wikipédia en chinois explique cette joie redoublée par le fait que le mariage réjouit les deux familles, celle du marié et celle de la mariée.
Une légende populaire en attribue l'invention au jeune Wang Anshi (王安石), venu passer les examens impériaux dans la capitale : le jour de son mariage, il aurait appris son succès aux examens impériaux et, pour fêter ces deux joies, écrit un grand 囍 doré sur du papier rouge. Wikipédia en chinois note que cette histoire n'a aucun fondement historique : l'épouse connue de Wang Anshi, une dame Wu, ne correspond pas au récit.
L'UNESCO rappelle que le papier découpé sert aussi à décorer les lits et les plafonds, et accompagne anniversaires, cérémonies et prières.
窗花
chuānghuāpapier découpé de fenêtre, « fleur de fenêtre »
囍
xǐdouble bonheur (le caractère des mariages)
双喜
shuāngxǐdouble bonheur
福
fúbonheur, chance
Le théâtre d'ombres (皮影戏) : légende et fabrication
Le théâtre d'ombres se dit 皮影戏 (píyǐngxì), « théâtre des ombres de peau » : 皮 (pí), c'est la peau ou le cuir, 影 (yǐng), l'ombre, comme dans 影子 (yǐngzi), et 戏 (xì), le théâtre. Des marionnettes plates et articulées, découpées dans du cuir, sont manipulées avec des tiges derrière un écran translucide éclairé par-derrière ; musique, chant et dialogues racontent l'histoire.
Son origine est entourée de légende. Selon un récit souvent répété, après la mort de sa concubine favorite, la dame Li (李夫人), l'empereur Wu des Han (汉武帝) fit appel au magicien Li Shaoweng, qui promit de faire revenir son esprit : derrière un rideau éclairé, l'empereur vit bouger une ombre qui lui ressemblait. On dit souvent que le magicien s'est servi d'une marionnette d'ombre, mais Wikipédia souligne que le texte original, le Livre des Han, ne permet pas de l'affirmer. Un dicton du Shaanxi, cité par Wikipédia en chinois, résume l'histoire à sa façon : le théâtre d'ombres « commence sous les Han, grandit sous les Tang et fleurit sous les Song ».
Ce qui est mieux établi, c'est qu'il est déjà populaire sous les Song, où les fêtes s'accompagnent de nombreux spectacles d'ombres. Le Mengliang lu (梦粱录), où Wu Zimu (吴自牧) décrit la capitale des Song du Sud, raconte qu'au début, à Bianjing (汴京), on taillait les figures dans du simple papier ; puis, l'art progressant, on les tailla dans la peau de mouton, peinte de couleurs, qui ne s'abîmait pas. Les personnages loyaux y recevaient un visage régulier, les traîtres une figure laide. Aujourd'hui, en Chine, on utilise surtout le cuir de bœuf, de mouton ou d'âne. Fabriquer une figure demande 24 étapes et environ 3 000 coups de couteau. Selon l'UNESCO, beaucoup de marionnettistes taillent eux-mêmes leurs figures, qui comptent de 12 à 24 articulations.
皮影戏
píyǐngxìle théâtre d'ombres
影子
yǐngziombre
公忠者雕以正貌,奸邪者刻以丑形。
Gōng zhōng zhě diāo yǐ zhèng mào, jiān xié zhě kè yǐ chǒu xíng.« Les loyaux sont taillés avec un visage régulier, les traîtres avec une figure laide. » (Mengliang lu, rouleau 20)
Des troupes de village aux « ombres chinoises »
Selon Wikipédia, sous les Ming, la seule ville de Pékin compte de 40 à 50 troupes d'ombres. Sous les Qing, l'art atteint son apogée : bien des grandes familles, note Wikipédia en chinois, se flattent alors de faire tailler leurs figures par des maîtres et d'entretenir leur propre troupe. Il existe de nombreux styles régionaux, dont Wikipédia distingue deux grandes familles, celle de Luanzhou, dans le nord, et celle du Sichuan, dans le sud ; on cite aussi les ombres du Shaanxi, du Shanxi ou du Gansu. Le théâtre d'ombres souffre ensuite des guerres, puis de la Révolution culturelle et de sa campagne contre les « quatre vieilleries », avant de renaître avec les réformes. On en voit dans Vivre ! (1994), le film de Zhang Yimou.
L'art a aussi voyagé. En France, on annonçait ces spectacles sous le nom d'« ombres chinoises ». Selon Wikipédia, des missionnaires français rapportent de Chine le théâtre d'ombres en 1767 et donnent à Paris et à Marseille des spectacles qui font sensation ; adaptées au goût local, ces « ombres chinoises » deviennent peu à peu les « ombres françaises ».
En 2011, lors de la 6e session de son comité, à Bali, l'UNESCO a inscrit le théâtre d'ombres chinois sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel. Elle décrit de grandes troupes de sept à neuf personnes et de petites troupes de deux à cinq, qui jouent pour le divertissement ou pour des rites religieux, des mariages et des funérailles. Certains marionnettistes sont professionnels ; d'autres sont des amateurs qui jouent pendant les mois creux du calendrier agricole. Beaucoup de vieux maîtres connaissent des dizaines de pièces et maîtrisent le chant improvisé, la voix de fausset, le maniement de plusieurs figures à la fois et plusieurs instruments de musique.
表演
biǎoyǎnjouer, se produire ; spectacle
Les cerfs-volants (风筝) et Weifang
La tradition chinoise attribue l'invention du cerf-volant à Mozi (墨子) et à Lu Ban (鲁班), au Ve siècle av. J.-C. Le Han Feizi raconte que Mozi passa trois ans à fabriquer un oiseau de bois (木鸢), qui vola un seul jour avant de se briser. À ses disciples admiratifs, Mozi répondit qu'il était moins habile que l'artisan qui, d'un bout de bois et en moins d'une matinée, taille la cheville d'un char capable de tirer de lourdes charges.
Avec le papier, sous les Han, les cerfs-volants de papier deviennent courants ; on les appelle alors 纸鸢 (zhǐyuān), des « oiseaux de papier ». Selon Wikipédia, les meilleurs sont faits de bambou fendu, tendus de soie et peints à la main. On s'en sert aussi pour la guerre : au VIe siècle, sous les Liang, on tente d'envoyer par cerf-volant un appel au secours, et sous les Song, on invente un cerf-volant incendiaire. Selon Wikipédia en chinois, c'est à partir des Tang qu'il devient un jouet ; à la fin des Tang, on y fixe des sifflets qui chantent au vent comme une cithare zheng (筝) : d'où le nom de 风筝 (fēngzheng), la « cithare du vent ».
Aujourd'hui, Weifang (潍坊), dans le Shandong, est surnommée la « capitale mondiale du cerf-volant ». Selon Wikipédia, elle abrite le plus grand musée du cerf-volant au monde. Le 1er avril 1984 s'y tient le premier festival international, organisé depuis chaque année, d'ordinaire en avril. En 1989, la Fédération internationale du cerf-volant y est fondée et y installe son siège.
风筝
fēngzhengcerf-volant (litt. « cithare du vent »)
墨子为木鸢,三年而成,蜚一日而败。
Mòzǐ wéi mù yuān, sān nián ér chéng, fēi yí rì ér bài.« Mozi fit un oiseau de bois ; il lui fallut trois ans, il vola un jour et se brisa. » (Han Feizi, Wai chu shuo, zuo shang)
潍坊
WéifāngWeifang
Mots à retenir
剪纸jiǎnzhǐ
papier découpé
纸zhǐ
papier · HSK 2
剪jiǎn
couper (aux ciseaux) · HSK 5
窗户chuānghu
fenêtre · HSK 4
结婚jiéhūn
se marier · HSK 3
红色hóngsè
rouge · HSK 2
影子yǐngzi
ombre · HSK 4
风筝fēngzheng
cerf-volant · HSK 7-9
福fú
bonheur, chance · HSK 3
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- UNESCO, Chinese paper-cut, UNESCO Intangible Cultural Heritage, 2009
- UNESCO, Chinese shadow puppetry, UNESCO Intangible Cultural Heritage, 2011
- Chinese paper cutting, Wikipedia
- 中国剪纸, 维基百科 (Wikipedia)
- 杜甫 (Du Fu), 彭衙行, 维基文库 (Wikisource), 全唐诗 卷217
- 囍, 维基百科 (Wikipedia)
- Shadow play, Wikipedia
- 吴自牧 (Wu Zimu), 梦粱录, 卷二十, 维基文库 (Wikisource)
- 皮影戏, 维基百科 (Wikipedia)
- 韩非子·外储说左上, 维基文库 (Wikisource)
- Kite, Wikipedia
- 风筝, 维基百科 (Wikipedia)
- Weifang International Kite Festival, Wikipedia