15e jour du 8e mois lunaire (sept.–début oct.) · 7 min de lecture
Fête de la mi-automne : lune, gâteaux et légendes
Fête de la mi-automne (中秋节) : la pleine lune et la famille réunie, la vraie histoire des gâteaux de lune, Chang'e, Su Shi et les vœux, avec audio.
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Le 15 du huitième mois : la lune la plus ronde
La fête de la mi-automne, 中秋节 (Zhōngqiū Jié), tombe le 15e jour du huitième mois lunaire, soit entre le 7 septembre et le 8 octobre. Son nom vient du calendrier : le huitième mois est le deuxième des trois mois d'automne, le « milieu de l'automne » (中秋), et la fête tombe au milieu de ce mois, à la pleine lune. On dit que ce soir-là, la lune est la plus ronde et la plus brillante.
Le mot 中秋 est ancien : il apparaît déjà dans les Rites des Zhou (周礼), où il désigne simplement le huitième mois. Le texte y décrit un rite nocturne pour « accueillir le froid », au son des tambours de terre.
Le sens de la fête tient en un mot : 团圆 (tuányuán), « être réunis ». La pleine lune, ronde et entière, en est l'image, et c'est pour cela qu'on rentre chez soi ce soir-là pour dîner en famille. C'est aussi une fête des récoltes, au moment où l'on rentre les moissons d'automne.
Selon les régions, elle porte d'autres noms : 八月节 (« fête du huitième mois »), 八月半 (« mi-huitième mois »), 团圆节 (« fête de la réunion ») à Shanghai et à Nankin, ou encore 月饼节 (« fête des gâteaux de lune ») dans le Guangdong et à Hong Kong.
中秋节
Zhōngqiū Jiéla fête de la mi-automne
八月十五
bāyuè shíwǔle 15 du huitième mois
团圆
tuányuánêtre réunis (en famille)
月亮
yuèliangla lune
Des rites royaux à la fête des familles
Honorer la lune est un rite très ancien. D'après des textes comme le Dadai Liji (大戴礼记), les souverains de l'Antiquité saluaient le soleil au printemps et la lune en automne ; le Tongdian (通典) précise : le soleil à l'équinoxe de printemps, la lune à l'équinoxe d'automne.
La fête elle-même est plus récente. Des textes de l'époque des dynasties du Sud parlent déjà d'admirer la lune, mais le Jingchu suishi ji (荆楚岁时记), recueil des coutumes de l'année rédigé à l'époque des dynasties du Nord et du Sud, ne dit rien de la mi-automne. La fête ne se serait vraiment répandue que sous les Tang (618–907).
Sous les Song, elle anime les villes. Le Dongjing menghua lu (东京梦华录), souvenirs de la capitale des Song du Nord, rapporte que la nuit de la mi-automne, « les grandes familles décorent leurs terrasses, et le peuple se dispute les tavernes pour contempler la lune ». D'autres textes des Song montrent qu'on brûlait de l'encens dans la cour pour saluer la lune.
Sous les Ming et les Qing, la mi-automne devient l'une des grandes fêtes populaires, et surtout le jour de la réunion familiale. À Nankin, raconte une chronique locale de l'ère Zhengde (正德), sous les Ming, admirer la lune en famille s'appelait « célébrer la réunion » (庆团圆), et l'on appelait « lune ronde » (圆月) le fait de boire assis tous ensemble.
赏月
shǎngyuècontempler la lune
拜月
bàiyuèsaluer la lune (rite d'offrande)
庆团圆
qìng tuányuáncélébrer la réunion
Les gâteaux de lune (月饼) : moins anciens qu'on ne croit
Impossible d'imaginer la fête sans gâteaux de lune (月饼, yuèbing). Leur histoire écrite est pourtant moins ancienne que les légendes ne le laissent croire. Le mot apparaît sous les Song du Sud, dans le Mengliang lu (梦粱录) de Wu Zimu (吴自牧), au milieu d'une longue liste de pâtisseries vendues « en toutes saisons ». Les textes des Song qui décrivent la mi-automne parlent de fruits et de vin, pas de gâteaux de lune.
Le lien avec la fête n'est clairement attesté que sous les Ming. Tian Rucheng (田汝成) écrit dans son livre sur le lac de l'Ouest : « Le 15 du huitième mois s'appelle la mi-automne ; les gens s'offrent des gâteaux de lune, pour signifier la réunion. » À la cour des Ming, Liu Ruoyu (刘若愚) raconte qu'on en vend dès le 1er du huitième mois ; le 15, chaque maison en dépose en offrande avec des fruits, brûle de l'encens quand la lune se lève, puis festoie. Les gâteaux qui restent sont gardés au sec et partagés en famille à la fin de l'année : on les appelle « gâteaux de la réunion » (团圆饼).
Aujourd'hui, le modèle le plus connu est le gâteau cantonais : une dizaine de centimètres de diamètre, une croûte fine, une farce épaisse de pâte de graines de lotus, parfois des jaunes d'œuf de cane salés qui figurent la pleine lune. Le dessus porte des caractères en relief, comme « longévité » ou « harmonie », et le nom de la pâtisserie. Les gâteaux de Suzhou (苏式) sont l'autre grand classique, et les gâteaux « peau de glace » (冰皮月饼), qui ne sont pas cuits, sont apparus au début des années 1980. On les achète surtout pour les offrir, à la famille comme aux relations d'affaires.
月饼
yuèbinggâteau de lune
送月饼
sòng yuèbingoffrir des gâteaux de lune
民间以月饼相遗,取团圆之义
mínjiān yǐ yuèbing xiāng wèi, qǔ tuányuán zhī yì« Les gens s'offrent des gâteaux de lune, pour signifier la réunion » (Tian Rucheng, Ming)
Chang'e, le lapin de jade et les messages cachés : des légendes
La lune de la mi-automne a ses légendes. La plus connue est celle de Chang'e (嫦娥). Dans le Huainanzi (淮南子, IIe s. av. J.-C.), Heng'e (姮娥, rebaptisée plus tard Chang'e pour éviter le nom d'un empereur) vole l'élixir d'immortalité que son mari, l'archer Yi (羿), avait obtenu de la Reine Mère de l'Occident (西王母), et s'enfuit sur la Lune. Les versions plus tardives varient : dans certaines, elle avale l'élixir pour qu'un disciple de Yi ne s'en empare pas.
Sur la Lune vivent aussi le lapin de jade (玉兔), compagnon de Chang'e, souvent représenté en train de piler des remèdes dans un mortier, et Wu Gang (吴刚), condamné à abattre un osmanthus qui repousse sans cesse.
Une autre légende concerne les gâteaux de lune. À la fin de la dynastie Yuan, dit-on, les rebelles de Zhu Yuanzhang (朱元璋), futur fondateur des Ming, auraient caché dans des gâteaux de lune des messages appelant à se soulever le 15 du huitième mois ; l'idée est attribuée à son conseiller Liu Bowen (刘伯温). Aucune chronique ne rapporte cet épisode. Le récit prend forme à partir d'un faux, le Jinyu lu (烬余录), imprimé pour la première fois sous l'ère Guangxu (光绪) des Qing ; il se répand ensuite avec la propagande hostile aux Mandchous, au point de servir de slogan à des révolutionnaires du Shaanxi pendant la révolution de 1911. C'est donc une légende d'origine récente, devenue un récit familier de la mi-automne.
嫦娥
ChángéChang'e, la dame de la Lune
姮娥窃以奔月
Héngé qiè yǐ bēn yuè« Heng'e le vola et s'enfuit sur la Lune » (Huainanzi, « Lanming »)
嫦娥奔月
Chángé bēn yuèChang'e s'envole vers la Lune (titre de la légende)
玉兔
Yùtùle lapin de jade
Contempler la lune en famille : la fête aujourd'hui
Le soir du 15, on se retrouve pour dîner en famille, puis on contemple la lune (赏月), souvent dehors, en mangeant des gâteaux de lune et des fruits de saison : pomelos (柚子), caramboles, taros, châtaignes, poires ou kakis. À Taïwan, les enfants se coiffent parfois d'un chapeau taillé dans l'écorce d'un pomelo, et depuis les années 1980 les familles font des barbecues en plein air, une mode que l'on attribue au slogan publicitaire d'un fabricant de sauces : « 一家烤肉万家香 », « une famille fait griller, dix mille familles en sentent le parfum ».
Dans le Sud de la Chine, à Hong Kong et au Vietnam, les enfants sortent avec des lanternes ; certaines villes organisent de grandes expositions, comme celle du parc Victoria à Hong Kong, et l'on accroche parfois des devinettes aux lanternes.
Depuis 2008, la mi-automne est un jour férié en Chine continentale : une réforme des congés a ajouté cette année-là trois fêtes traditionnelles, Qingming, les Bateaux-dragons et la mi-automne. Quand la fête tombe près de la fête nationale du 1er octobre, les deux congés se rejoignent en une semaine de huit jours. À Hong Kong et à Macao, c'est le lendemain de la fête qui est chômé, parce que les célébrations durent tard dans la nuit ; à Taïwan, c'est le jour même.
Pour souhaiter une bonne fête, il suffit de dire 中秋节快乐 (« bonne fête de la mi-automne »).
中秋节快乐
Zhōngqiū Jié kuàilèBonne fête de la mi-automne !
赏月
shǎngyuècontempler la lune
吃月饼
chī yuèbingmanger des gâteaux de lune
提灯笼
tí dēnglongporter une lanterne
À Hong Kong, le quartier de Tai Hang (大坑) fait danser chaque mi-automne un dragon de feu (舞火龙) : un long dragon de paille hérissé de milliers de bâtons d'encens allumés. La coutume remonte à la fin du XIXe siècle et figure depuis 2011 sur la liste nationale du patrimoine culturel immatériel.
« 明月几时有 » : le poème de Su Shi
Parmi les poèmes de la mi-automne, l'un des plus connus est un ci (词) de Su Shi (苏轼) sur l'air 水调歌头. Sa courte préface le date et l'explique : « À la mi-automne de l'année bingchen (丙辰), j'ai bu joyeusement jusqu'à l'aube, je me suis enivré et j'ai écrit ce poème, en pensant aussi à Ziyou. » L'année bingchen est 1076, et Ziyou (子由), c'est Su Zhe (苏辙), le frère cadet du poète.
Le poème commence par une question à la lune : « Depuis quand existe la lune brillante ? Coupe en main, je le demande au ciel bleu. » Le poète rêve de rejoindre, porté par le vent, les palais célestes, mais redoute le froid des hauteurs, et danse avec son ombre sous la lune.
Puis il lui fait un reproche : pourquoi est-elle toujours pleine quand les gens sont séparés ? Avant de se raisonner : les hommes ont leurs peines et leurs joies, leurs séparations et leurs retrouvailles ; la lune a ses nuits claires et ses nuits voilées, ses jours pleins et ses jours échancrés ; depuis toujours, rien de cela n'est parfait.
D'où le vœu final : « Puissions-nous vivre longtemps, et, à mille li l'un de l'autre, partager la même belle lune. »
明月几时有,把酒问青天
míngyuè jǐ shí yǒu, bǎ jiǔ wèn qīngtiān« Depuis quand existe la lune brillante ? Coupe en main, je le demande au ciel bleu »
人有悲欢离合,月有阴晴圆缺
rén yǒu bēihuān líhé, yuè yǒu yīnqíng yuánquē« Les hommes ont leurs peines, leurs joies, leurs séparations, leurs retrouvailles ; la lune ses nuits claires ou voilées, pleines ou échancrées »
但愿人长久,千里共婵娟
dànyuàn rén chángjiǔ, qiānlǐ gòng chánjuān« Puissions-nous vivre longtemps, et à mille li l'un de l'autre partager la même belle lune »
Mots à retenir
中秋节Zhōngqiū Jié
la fête de la mi-automne · HSK 5
月亮yuèliang
la lune · HSK 2
月饼yuèbing
gâteau de lune · HSK 5
赏月shǎngyuè
contempler la lune
团圆tuányuán
être réunis en famille · HSK 7-9
秋天qiūtiān
l'automne · HSK 2
嫦娥Chángé
Chang'e, la dame de la Lune · HSK 7-9
灯笼dēnglong
lanterne · HSK 7-9
柚子yòuzi
pomelo
放假fàngjià
être en congé · HSK 1
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Mid-Autumn Festival, Wikipedia (English)
- 中秋节, Wikipedia (中文)
- Fête de la mi-automne, Wikipédia (français)
- Mooncake, Wikipedia (English)
- 月饼, Wikipedia (中文)
- 八月十五杀鞑子 (the mooncake-message legend), Wikipedia (中文)
- 田汝成 (Tian Rucheng), 西湖游览志余 · 卷二十, Wikisource
- Liu An 刘安 (dir.), 淮南子 · 览冥训 (Huainanzi, « Lanming »), Wikisource
- 苏轼 (Su Shi), 水调歌头 (明月几时有), Wikisource
- Su Shi, Wikipedia (English)
- Public holidays in China, Wikipedia (English)
- 大坑舞火龙, Wikipedia (中文)